À une époque où l'image subit tous les affronts du "vite et mal" -en vrac, recadrage format écran, prolifération obscène et balayage frénétique du doigt-, la nouvelle réjouit et fait espérer en des temps esthétiquement meilleurs. Actes Sud, le célèbre éditeur basé à Arles, renoue avec le livre-affiche, cette bizarrerie éditoriale hors-format qui n'a pas son pareil pour inciter à la contemplation. Lontano -tel est le nom ...

À une époque où l'image subit tous les affronts du "vite et mal" -en vrac, recadrage format écran, prolifération obscène et balayage frénétique du doigt-, la nouvelle réjouit et fait espérer en des temps esthétiquement meilleurs. Actes Sud, le célèbre éditeur basé à Arles, renoue avec le livre-affiche, cette bizarrerie éditoriale hors-format qui n'a pas son pareil pour inciter à la contemplation. Lontano -tel est le nom de cette nouvelle collection à contre-courant- se décline en version 30 par 40 centimètres soit des dimensions idéales pour une dérive visuelle. Le projet entend décliner des opus de 40 pages qui se découvrent autant à lire qu'à regarder et... à placarder au mur. L'ambition? " Plonger au coeur même de l'imaginaire des auteurs", annonce fièrement la maison d'édition fondée par Hubert Nyssen. Justement, pour ce qui est des auteurs en question, l'esprit de la sélection se veut ouvert, elle qui promet de parcourir aussi facilement les méridiens que de voyager dans le temps. Ce ne sont pas seulement les frontières spatio-temporelles qui seront transcendées à travers ce mini-putsch éditorial puisque le catalogue proposé jure de ne faire aucune discrimination quant aux techniques et procédés graphiques retenus (extraits de planches, dessins inédits, photographies, peintures, collages...). Pour joindre le geste à la parole, trois premiers volumes essuient les plâtres de manière plus que satisfaisante. Ainsi de l'illustrateur français Yann Kebbi, dont on connaît le travail pour Le Monde ou The New York Times, qui n'a pas lésiné sur l'huile de coude en déployant tout son talent à travers de réjouissantes scènes panoramiques. Mais il y a également la Milanaise Gabriella Giandelli qui embarque l'oeil dans un envoûtant voyage interstellaire. Toutefois, cocorico national oblige, c'est la signature de Brecht Evens, l'auteur flamand installé à Paris, qui réjouit le plus: le magnétisme de ses compositions, oscillant du fauvisme à l'hallucination imbibée de mezcal, épouse à merveille ce format décomplexé.