Anne Simon, spécialiste de la biographie chez Dargaud avec Corinne Maier (les albums Marx, Freud et Einstein), remet le couvert, en s'attaquant à l'auteur Autrichien Leopold von Sacher-Masoch, avec Catherine Sauvat cette fois au scénario. Moins exhaustive que ses précédentes productions, celle-ci conte les relations particulières qui lièrent l'écrivain à Aurore Rümelin. La jeune femme, suite à la lecture du sulfureux La Vénus à la fourrure que Leopold venait d'écrire, voulut transposer dans la réalité l'histoire de Wanda et Séverin. Le pitch du roman est simple: Séverin signe un contrat le rendant esclave de Wanda, la femme " qu'il aime et qu'il adore". Cela implique moult humiliations publiques et privées, voyages en troisième classe, séjours dans des chambres d'hôtels non chauffées et autres tromperies revendiquées. Fou de fourrures et de belles étoffes, il n'en pare pas moins sa maîtresse-femme, donnant ainsi son nom au roman. Mais la réalité répondant à d'autres lois que la fiction, les relations entre Leopold et Aurora commencent à s'étioler après la naissance de leur deuxième enfant. Par contre, la morale du roman qui veut que "qui se laisse fouetter mérite d'être fouetté" s'appliqua à la vie de l'écrivain après leur séparation. La liste des épreuves traversées étant longue, ne retenons que la plus humiliante pour von Sacher-Masoch: figurer dans le Psychopathia Sexualis du Docteur von Krafft-Ebing sous le néologisme "Masochisme". Alors qu'il avait écrit de nombreux romans et pièces à succès, le monde allait finalement associer son nom à une perversion sexuelle. Dans le style sensuel qui les caractérise, les autrices ne réhabilitent pas le malheureux auteur. Elles n'en rappellent pas moins, avec une certaine compassion, le mécanisme aboutissant au malentendu et la manière dont, malgré d'autres embûches, il termina paisiblement sa vie.

De Catherine Sauvat et Anne Simon, éditions Dargaud, 128 pages.

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