Les salles vont de 20 à 2000 places. L'été scintille, on rit, ça voltige dans tous les sens, de la comédie au drame, en passant par la danse ou le cirque, on butine dans l'offre, on se réunit dans la masse. C'est sûr, à l'Abbaye de Villers-la-Ville, Le Nom de la rose d'Umberto Eco va cartonner. Faut dire, l'écrin du spectacle est idéal pour dérouler ce polar médiéval. Soirée idéale pour le spectateur occasionnel, ébloui par des cadres, du faste, des costumes et quelques sons et lumières. Un blockbuster. Les amoureux du théâtre 1er degré et du divertissement iront également au Bruxellons, côté château du Karreveld, où l'on croise Eric-Emmanuel Schmitt, Jacqueline Bir, le magicien Jack Cooper ou le bon humour d'Eric de Staercke. Le Théâtre des Galeries fait de son côté sa tournée des châteaux avec Molière ( Le Médecin malgré lui), le jeune Théâtre Jardin Passion joue une...

Les salles vont de 20 à 2000 places. L'été scintille, on rit, ça voltige dans tous les sens, de la comédie au drame, en passant par la danse ou le cirque, on butine dans l'offre, on se réunit dans la masse. C'est sûr, à l'Abbaye de Villers-la-Ville, Le Nom de la rose d'Umberto Eco va cartonner. Faut dire, l'écrin du spectacle est idéal pour dérouler ce polar médiéval. Soirée idéale pour le spectateur occasionnel, ébloui par des cadres, du faste, des costumes et quelques sons et lumières. Un blockbuster. Les amoureux du théâtre 1er degré et du divertissement iront également au Bruxellons, côté château du Karreveld, où l'on croise Eric-Emmanuel Schmitt, Jacqueline Bir, le magicien Jack Cooper ou le bon humour d'Eric de Staercke. Le Théâtre des Galeries fait de son côté sa tournée des châteaux avec Molière ( Le Médecin malgré lui), le jeune Théâtre Jardin Passion joue une Marie Tudor de Victor Hugo dans la Citadelle de Namur, le Festival de Spa poursuit dans le moderne "classique". Et la Cie Lazzi s'étale en commedia dell'arte au château de Modave avec Le Coup de siècle, histoire d'une marquise! Une insoutenable légèreté du spectacle? Daniel Hanssens, artiste et producteur de Bruxellons nous éclaire: "La comédie tient une place importante à Bruxellons, parce que c'est ce qui nous touche en tant que producteurs (on est 3) et que le public répond favorablement. La comédie, c'est un travail exigeant. Je veux donner aux gens l'assurance qu'ils vont pouvoir se distraire. Une relation de confiance finit par s'installer, qui nous permet d'oser des aventures. Par exemple, cet été nous présentons Le Béret de la tortue d'auteurs inconnus. Le public réagit déjà. Il faut lui donner ce qu'il attend mais aussi l'étonner avec d'autres spectacles, ainsi de Sans ailes et sans racines de Hamadi, qui n'est pas une comédie.Villers-La-Ville et Bruxellons sont des aventures du privé, les risques financiers sont énormes. On ne peut pas se permettre de monter une pièce inconnue si elle n'est pas susceptible d'attirer les gens. "On nous dit souvent que le théâtre grand public doit brasser large, trouver le compromis, éviter l'expérimental, voire le cérébral et que le répertoire est une valeur sûre. Un argument simpliste qui excuse régulièrement un art plat pour un spectateur dont on exige le minimum de disponibilité cérébrale. L'art ne sert-il pas à ouvrir des horizons? "Au National, explique le directeur Jean-Louis Colinet , on fait le plein (jusqu'à 750 places, ndlr) avec Joël Pommerat ou Celestini; pas avec Molière. Ce qui motive les gens, ce sont des spectacles par lesquels ils se sentent concernés, avec une proposition singulière, une £uvre partageable. Je dis toujours: "Si depuis 23 ans vous êtes habitués à passer vos vacances à Torremolinos, essayez une fois les sentiers de l'Ardèche." L'été, les gens vont voir un spectacle dans un site joli, à la belle étoile, manger un bout, etc. Ce n'est pas une motivation vis-à-vis d'une £uvre qui rassemble les gens. Pour moi, la démocratisation de l'art et de la culture au grand public, ce n'est pas de rassembler un maximum de gens, mais de générer un maximum de curiosité. De plus, il faut arrêter de croire que tous les spectacles sont pour des salles de 12000 places et que le divertissement passe nécessairement par le rire, été comme hiver. " Enfin, qui dit été et théâtre grand public dit festivals de rues où l'imagination est au pouvoir des saltimbanques. Les tops: le Zomer van Antwerpen, Chassepierre, HAASte Töne?! d'Eupen, les célèbres Chalon et Aurillac de France. Et puis, il y a parfois des blockbusters qui valent le détour comme le célèbre Cirque du Soleil ou, cet été, à Knokke, les Argentins de la Fuerza Bruta, venus éblouir les spectateurs avec des sensations fortes: "piscine" au dessus des têtes, chaises volantes, vent emportant les artistes acrobates... La totale en mode "grandiose et magnifique". Ça vaut les 45 euros la place. Entre-temps, Avignon rassemble lui aussi un énorme public hétéroclite, qui va des beaufs aux intellos. Le "in" vend plus de 150 000 billets pour une trentaine de spectacles d'artistes singuliers, le "off" propose des centaines de rendez-vous ultra variés. A chacun son épopée, ses goûts. Peut-être. Cela ne nous empêchera pas de défendre les scènes qui présentent des univers d'artistes avant tout, quitte à "subir" certaines £uvres! L'été ne change rien à l'affaire, une salle "open air", magique et impressionnante de 2000 places, non plus. On désire voyager, questionner, rencontrer une £uvre qui dépasse l'instant du divertissement. TEXTE NURTEN AKA