Son regard sur l'adolescence au féminin pluriel avait séduit et troublé dans Naissance des pieuvres. Avec Tomboy, Céline Sciamma nous plonge dans l'enfance avec autant de justesse, et d'audace tranquille. A tout juste 30 ans, la réalisatrice s'affirme comme un des talents phares de sa génération.
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Son regard sur l'adolescence au féminin pluriel avait séduit et troublé dans Naissance des pieuvres. Avec Tomboy, Céline Sciamma nous plonge dans l'enfance avec autant de justesse, et d'audace tranquille. A tout juste 30 ans, la réalisatrice s'affirme comme un des talents phares de sa génération. Quand votre premier long métrage a eu le bonheur d'être apprécié, de marcher, vous êtes attendue au tournant, c'est sûr. D'autant que si, en France, on produit beaucoup de premiers films, le ratio de deuxièmes films est très faible... C'est la barrière la plus importante à passer, ce qui va être déterminant pour la suite du travail. Le premier film, on le porte longtemps, on a énormément de désir pour lui, une nécessité absolue de le faire. Je voulais retrouver ce sentiment de nécessité, ne pas céder à l'embourgeoisement, rester légitime en essayant des choses nouvelles, faire un film vivant, et de manière ludique. La solution, c'était de me créer moi-même mes propres contraintes: écrire le film en un mois, le tourner en 20 jours, après un casting de 15 jours, et le sortir au maximum un an après. C'était aussi en phase avec les questions de mise en scène et le fil rouge du scénario. Oui. L'enfance, c'est le présent perpétuel, un dynamisme infatigable, une urgence à vivre que l'urgence dans la réalisation a pu irriguer. Le plus difficile, c'était l'absence de recul. Et le fait de travailler dans l'urgence avec des enfants. Mais ce modus operandi avait aussi ses atouts: pouvoir changer d'avis, dire " Ça ne marche pas, on arrête!" et réécrire dans la nuit la scène à tourner le lendemain, sans attachement trop fort à ce qui était prévu au départ. Les contraintes que je m'étais fixées devenaient productrices de liberté... Ce qui est compliqué, avec eux, c'est la concentration, le fait qu'ils n'ont (et heureusement!) aucun sens de la responsabilité du travail. On a peu de temps dans l'absolu (1), et ils n'ont pas forcément envie quand il le faudrait. On peut se sentir seul, parfois, avec eux. Mais il y a en même temps quelque chose de joyeux et festif. Nous avons travaillé en toute transparence, cela a été une vraie collaboration. Epuisante, mais tellement vivante! Je n'avais bien sûr pas le temps de faire un casting sauvage, de partir sillonner la France comme le fait Doillon, à la recherche de la perle rare. Je suis allée simplement dans une agence de casting. On m'a parlé de Zoé, qu'on me disait atypique, et garçon manqué. Je l'ai rencontrée le deuxième jour du casting. J'ai senti que cette histoire de fille qui se fait passer pour un garçon l'amusait, qu'elle avait envie de jouer ça, elle qui adore dans la vie faire du foot et traîner avec les mecs. Aux essais, elle était d'emblée très juste, elle attrapait la lumière, c'était miraculeux. Pour les autres rôles, elle m'a parlé de sa bande d'amis, et je les ai tous pris! Effectivement! Ce film parle de l'enfance, d'une époque de la vie précédant l'éveil à la sexualité. Je voulais qu'il possède de la sensualité, mais rien d'érotique. Que j'aborde l'adolescence ou l'enfance, je me dois d'être le plus juste possible. Alors je filme en immersion. Cela ne veut pas dire que je cherche de la documentation, ou que je vais voir des psychologues... Je me replonge dans mes propres souvenirs des âges en question, j'essaie d'être complètement honnête dans la manière d'aborder les personnages et de les filmer. Tourner avec des enfants dans l'accueil absolu de ce qu'ils sont. Capter les sentiments de l'enfance, à partir d'une situation très singulière dont j'assume ensuite toutes les conséquences, en allant au bout des choses, dans une certaine stylisation et en même temps au plus près de la vie. (1) LE TEMPS DE TRAVAIL DES COMÉDIENS ENFANTS EST SÉVÈREMENT LIMITÉ PAR LA LOI. RENCONTRE LOUIS DANVERS