Cinq ans après que le pape François a promis une "tolérance zéro" pour les membres du clergé catholique auteurs d'abus sexuels, la reconnaissance des victimes apparaît comme l'unique et timide avancée de ce chantier aussi glauque que nécessaire. "Deux tiers des prêtres convaincus de...

Cinq ans après que le pape François a promis une "tolérance zéro" pour les membres du clergé catholique auteurs d'abus sexuels, la reconnaissance des victimes apparaît comme l'unique et timide avancée de ce chantier aussi glauque que nécessaire. "Deux tiers des prêtres convaincus de viols ou d'agressions sexuelles sur mineurs sont toujours en exercice" nous annonce face caméra l'historien John Dickie, co-auteur avec Lucio Mollica de ce documentaire instructif mais jamais exhaustif, tant les affaires semblent couver partout dans le monde, d'Angleterre en Argentine, d'Italie en Pennsylvanie. Si le commentaire récurrent d'un Dickie en mode Tintin reporter écorne le sérieux de l'entreprise, les témoignages des victimes, prêtres dissidents, ecclésiastiques en aveux et psychologues révèlent des mécanismes ancestraux et scandaleusement archaïques. Si toute institution a dans son ADN suffisamment de réflexe de survie pour se protéger, l'Église Catholique romaine, aussi sainte et apostolique soit-elle, a montré une constance, une diligence et une perversité inouïes pour se maintenir au-dessus des vagues d'un scandale qui aurait dû la mettre à genou depuis belle lurette. Sans être un réquisitoire à charge, le documentaire réalisé par Jesus Garces Lambert en est la démonstration implacable, minutieuse et d'autant plus glaçante qu'elle n'est pas la première du genre.