"Étais-je le seul être au monde à m'intéresser à la vie de Frédéric Rimbaud?" Aimant redonner la parole aux rayés de la mémoire collective, David Le Bailly ( La Captive de Mitterand) se sent appelé par son sujet lorsqu'il entend Pierre Michon, auteur des Vies minuscules, évoquer u...

"Étais-je le seul être au monde à m'intéresser à la vie de Frédéric Rimbaud?" Aimant redonner la parole aux rayés de la mémoire collective, David Le Bailly ( La Captive de Mitterand) se sent appelé par son sujet lorsqu'il entend Pierre Michon, auteur des Vies minuscules, évoquer un projet avorté consacré à l'autre Rimbaud. 21 juillet 1901, Frédéric se rend à Charleville pour la cérémonie d'hommage à son frère. Assis au deuxième rang avec les amis d'amis, il tient à être présent pour Arthur mais aussi pour Vitalie, leur soeur disparue à l'âge de 17 ans. N'en déplaise à sa mère, orgueilleuse mégère avec qui il est définitivement brouillé. Depuis la mort du poète, la soeur cadette Isabelle et son compagnon Berrichon se sont adjugé le rôle de gardiens du temple et idolâtrent le demi-dieu, particulièrement ses droits d'auteur. Frédéric sait que le mensonge est le ciment de la famille et la "veuve Rimbaud" souhaite réserver à son fils aîné le même sort qu'à son époux: "Si on vous demande pour votre père, vous dites qu'il est mort." Dressant le portrait du conducteur d'omnibus d'Attigny (bourg de la famille Rimbaud), homme de l'ombre relégué à un rôle de paria, Le Bailly enquête sur les querelles familiales et s'interroge sur ce livre qui lui échappe: "Il faut se méfier des livres que les autres ont échoué à écrire", écrit-il lui-même .