On connaît la formule de Bresson: " Le cinéma sonore a inventé le silence." Professeur en études cinématographiques à l'université de Rennes et collaborateur aux revues Trafic et Positif, Antony Fiant consacre un stimulant petit ouvrage à ce dernier motif, ambitionnant de mettre en exergue diverses sensa...

On connaît la formule de Bresson: " Le cinéma sonore a inventé le silence." Professeur en études cinématographiques à l'université de Rennes et collaborateur aux revues Trafic et Positif, Antony Fiant consacre un stimulant petit ouvrage à ce dernier motif, ambitionnant de mettre en exergue diverses sensations et significations qui y sont liées. Pour Fiant, aucun doute, " le silence est langage". Et il en répertorie avec intelligence et précision quelques indéniables qualités: efficacité dramatique, capacité de suggestion et d'abstraction, restitution de leur puissance au visible et à la musicalité du rythme des plans, responsabilisation du spectateur arraché à sa trop grande passivité... Se gardant bien de généralisations (forcément) réductrices, l'ouvrage vaut surtout pour les très fines propositions analytiques qu'il développe sur les films retenus afin d'illustrer son propos. En tout, c'est un petit corpus d'une quinzaine d'oeuvres qui est ici passé à la loupe: Le Silence est d'or de René Clair, Un condamné à mort s'est échappé de Robert Bresson, Pas de printemps pour Marnie d'Alfred Hitchcock, Blow up de Michelangelo Antonioni, Libera me d'Alain Cavalier, Juha d'Aki Kaurismäki, Essential Killing de Jerzy Skolimowski, Paterson de Jim Jarmusch... Qu'il effraie ou néantise, dénote la contemplation ou une forme radicale d'engagement, le silence, jamais total ni définitif, est ici toujours envisagé comme une forme de parole, un élément de dialogue en soi.