Il est davantage connu comme homme de lettres, notamment pour avoir fondé les éditions Allia. Et pourtant, c'est sous le masque du plasticien que Gérard Berréby nous a retourné. À la faveur d'un projet aussi vaste que déraisonnable, l'auteur de Stations des profondeurs s'est frotté à une architecture plus grande que lui, Notre-Dame à la Rose. Cet hôpital qui passe pour l'un des plus anciens d'Europe est ce genre d'endroits où ...

Il est davantage connu comme homme de lettres, notamment pour avoir fondé les éditions Allia. Et pourtant, c'est sous le masque du plasticien que Gérard Berréby nous a retourné. À la faveur d'un projet aussi vaste que déraisonnable, l'auteur de Stations des profondeurs s'est frotté à une architecture plus grande que lui, Notre-Dame à la Rose. Cet hôpital qui passe pour l'un des plus anciens d'Europe est ce genre d'endroits où arrivaient ceux qui n'avaient plus la force de mendier. Salutaire? Pas pour l'intéressé. À la faveur d'une visite, il s'est " senti happé" par la redoutable austérité de l'endroit au point d'en " oublier sa vie le temps d'une parenthèse". Dans un ancien bocal où l'on conservait les sangsues médicinales, le visiteur tire un haïku au hasard. Le ton est vénéneux, il est écrit " dans ce vaste musée des horreurs". C'en est un, de fait. Une phrase notée au fil du parcours noué de fil vert enfonce le propos comme un clou dans la main: " coeurs brisés, âmes perdues et jambes coupées". Tout est dit. Il était question de " vêtir les dénudés" et autres actes miséricordieux dans ces bâtiments qui ont traversé les siècles. Message reçu pour l'artiste qui y va de sa contribution. Lui aussi fait oeuvre de charité en nous ouvrant les yeux, pauvres aveugles du monde moderne. Devant la chignole qui trépane ou la scie qui ampute, comme le chien, le badaud a le goût du sang. Berréby ne perçoit quant à lui que l'effroi qu'il s'autorise parfois à colmater avec le sexe -un herbier érotique accroché dans le cloître- ou qu'il détruit par le feu quand le spectre convié lui étreint la gorge. L'accrochage protéiforme qui se glisse dans les interstices des collections permanentes doit se comprendre comme un écho à la fois chromatique et sensoriel qui fait ce qu'il peut face au tragique du destin humain déroulé sans la moindre précaution. Vidéos, peintures, collages faisant de l'archive judiciaire leur matière première, dessins, installations, Tables du temps... On ne sort pas indemne de L'Apesanteur et la Disgrâce.