Voici deux ans, à la sortie des 230 premières planches de L'Âge d'or, l'atmosphère était à l'émerveillement: Cyril Pedrosa et Roxanne Moreil modernisaient comme rarement le conte médiéval et le récit d'aventures, avec cette chanson de geste féministe qui emprunte son style graphique à l'esthétique médiévale. Et on y suivait, ...

Voici deux ans, à la sortie des 230 premières planches de L'Âge d'or, l'atmosphère était à l'émerveillement: Cyril Pedrosa et Roxanne Moreil modernisaient comme rarement le conte médiéval et le récit d'aventures, avec cette chanson de geste féministe qui emprunte son style graphique à l'esthétique médiévale. Et on y suivait, des étoiles dans les yeux, la jeune Tilda se révolter contre son frère, prête à reconquérir le trône laissé vacant par leur père, pour y mener les réformes qu'elle sait ou croit nécessaires pour son peuple. Mais, à la lecture des 190 dernières planches de ce récit à la fois politique et ambitieux, l'ambiance tourne à la tragédie: avec l'hiver, la guerre a commencé. Et la princesse Tilda, obsédée par le siège du château de son frère, aveuglée par cette quête de pouvoir, risque d'y perdre son âme, voire sa raison d'être: " Ami, souviens-toi/des hivers passés/ jamais des tyrans/rien ne fut donné/L'âge d'or est revenu!" Une conclusion tragique et amère attend donc le lecteur, qui pourra heureusement se remonter le moral en admirant l'incroyable maîtrise graphique de Cyril Pedrosa, et ses grandes doubles pages rappelant les tapisseries de l'époque. Du grand art qui se balade parfois aux frontières de la lisibilité, tant il pousse plus loin encore l'utilisation du trait de couleur(s), en lieu et place de l'habituel trait de plume noir. Un choix radical qui vient mettre encore plus de flamboyance et de baroque dans un dessin déjà souple, vivace et tout en courbes, tel qu'il l'apprit, il y a longtemps déjà, dans les studios Disney.