À force, Battles va finir par devenir un projet solo. Au départ, ils étaient quatre. Comme les mousquetaires. Puis Tyondai Braxton s'est éclipsé. Le groupe new-yorkais a poursuivi l'aventure à trois. Obligé une première fois de se réinventer, de concevoir autrement sa musique à géométrie variable, aux rythmes mathématiquement débridés. Indestructible, Battles n'est plus aujourd'hui composé que du bidouilleur Ian Williams et du gigantesque batteur John Stanier. Le projet a cette fois survécu au départ du bassiste Dave Konopka. " Il nous a dit qu'il en avait assez, qu'il ne voulait plus continuer, raconte Stanier dans un café bruxellois. Ce sont les tournées, je pense, qui l'embêtaient. Il n'était peut-être pas super fan non plus de la direction qu'on voulait prendre. Je ne sais pas vraiment en fait. Il a juste décidé de partir."
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À force, Battles va finir par devenir un projet solo. Au départ, ils étaient quatre. Comme les mousquetaires. Puis Tyondai Braxton s'est éclipsé. Le groupe new-yorkais a poursuivi l'aventure à trois. Obligé une première fois de se réinventer, de concevoir autrement sa musique à géométrie variable, aux rythmes mathématiquement débridés. Indestructible, Battles n'est plus aujourd'hui composé que du bidouilleur Ian Williams et du gigantesque batteur John Stanier. Le projet a cette fois survécu au départ du bassiste Dave Konopka. " Il nous a dit qu'il en avait assez, qu'il ne voulait plus continuer, raconte Stanier dans un café bruxellois. Ce sont les tournées, je pense, qui l'embêtaient. Il n'était peut-être pas super fan non plus de la direction qu'on voulait prendre. Je ne sais pas vraiment en fait. Il a juste décidé de partir." Ce divorce s'est déroulé dans de meilleurs circonstances que le premier. Sans rancune ni animosité. Le timing, serré, était pourtant tout sauf parfait. " Ça n'a pas été une séparation tumultueuse, mais on était déjà un peu à la bourre avec notre nouvel album. Ian et moi n'avons pas vraiment eu le temps de nous asseoir pour envisager l'avenir. On arrivait à court de tunes. Notre label, Warp, s'impatientait. On a branché le pilote automatique." Jamais cependant, les deux compères n'ont imaginé rendre les armes, mettre la clé sous le paillasson. " On ne s'est même pas posé la question. Nous n'avons pas appris sa décision au dernier concert de la tournée. Ce qui aurait laissé le temps de se retourner. C'était après deux ans d'inactivité. "Mais mec, je viens d'acheter une baraque... Ian a deux enfants maintenant." Ça fait flipper et ça m'a un peu énervé. Je me suis dit: je ne veux pas arrêter. Pourquoi quelqu'un déciderait de mon quotidien, de ma vie musicale à venir?" Stanier et Williams n'ont pas eu l'occasion d'envisager non plus le renfort d'un troisième larron. Ils ont traversé le pont... " Perdre un membre, ce n'est pas anodin. Ça se surmonte. On a déjà commencé par écrire sans se soucier de comment on donnerait vie sur scène à ces chansons." Battles n'a jamais été du genre à repasser les plats, à abuser des formules. " J'aimais bien le disque précédent, mais j'avais le sentiment d'y avoir exploré des territoires où nous étions déjà allés. On avait enregistré au même endroit, avec les mêmes gens. On voulait une rupture. " Ce disque au titre étrange ( Juice B Crypts), Stanier et Williams l'ont enregistré à New York, où ils vivent tous les deux. " Je ne voulais définitivement pas retourner à Rhode Island, où on avait mis en boîtes tous les autres. Ces gens, cet endroit ont fait de Battles ce qu'il a été. Mais c'était le moment pour autre chose." Le tandem a alors mis à contribution quelques-uns de ses potes et s'est installé au studio Red Bull, dans le quartier de Chelsea. " Les gens montrent parfois des signes de dégoût. "Je ne bois pas de Red Bull." Tout le monde s'en branle. Mais c'est une marque de boisson énergisante qui investit de l'argent dans la culture, dans la musique. Pour moi, c'est l'une desboîtes les plus géniales de l'histoire. Elle vend un produit stupide, certes, mais je ne vois pas Coca-Cola, Pepsi ouBudweiser faire la même chose. Pas plus qu'Apple ou Microsoft d'ailleurs." L'album a été produit par Chris Tabron, en quelque sorte le curateur du studio. Jeune, talentueux, sûr de lui, Tabron a travaillé avec Nicki Minaj et Beyoncé, mais aussi Trash Talk et des pianistes d'avant-garde. " Je voulais un producteur. Du neuf, de la fraîcheur. Un oeil extérieur. Quand tu es dans un groupe, tu restes souvent enfermé dans ta bulle voire dans ta propre tête. Le producteur est en quelque sorte la voix de la raison." Comme pour Gloss Drop (2011), Battles a fait appel à des invités, embauché des chanteurs. Ils viennent d'horizons divers, apportent de la couleur et résument plutôt bien sa mélomanie sans oeillères. Il y a les rappeurs de Shabazz Palaces, qui l'avaient déjà remixé, la singer-songwriter expérimentale Xenia Rubinos, la formidable Merrill Garbus (Tune-Yards) ou encore les huit jeunes rockeurs psychédéliques asiatiques de Prairie WWWW. " Ils ont ouvert pour nous à Taipei. C'est très psyché, très théâtral. Ils fabriquent leurs propres costumes. Leur musique est originale et trippante. C'est l'un de mes groupes préférés pour le moment. Je voulais qu'ils soient sur notre disque. " On croise aussi une véritable légende de Big Apple. Sal Principato, du groupe de no wave Liquid Liquid, chante sur le percutant single Titanium 2 Step. " Parfois, on savait clairement ce qu'on voulait. Or ici, c'était plus: vas-y, fais du Liquid Liquid. Je n'avais que douze-treize ans mais le début des années 80 était une époque super intéressante à New York avec le rap, le punk et la no wave." Battles a même réussi à embarquer dans l'aventure Jon Anderson, le chanteur historique de Yes. Il y a une petite dizaine d'années, son management avait sollicité Stanier pour qu'il joue de la batterie sur un de ses albums solo. Trop occupé, il avait dû décliner, même si c'est l'un de ses trois groupes préférés. " Anderson m'a répondu: "Je suis un grand fan de Battles. Si un jour, vous avez besoin de voix, je serai toujours partant." Les années ont passé. Quand on a écrit cette chanson, je me suis dit qu'elle était faite pour lui mais qu'il devait être très vieux. J'ai googlé et je me suis rendu compte qu'il tournait encore. J'ai retrouvé son message très loin dans ma boîte mail." Être à deux plutôt qu'à trois semble davantage être un inconvénient sur scène. " Même pas. Ce n'est jamais un problème. Surtout dans un groupe comme Battles au sein duquel on a toujours soigneusement évité d'avoir un leader." Finies la lutte permanente et les discussions incessantes. Aujourd'hui, tout est possible et va très vite. " Ian embrasse toujours les nouvelles technologies. À chaque album, il revoit totalement son set up. Ce n'est pas un nouveau chapitre dans l'histoire de Battles, c'est un nouveau groupe. "