"Con Todo El Mundo"

Il y en a comme ça qui semblent ne rien aimer tant que se compliquer la vie. Khruangbin, par exemple. Derrière le nom imprononçable se cache un trio instrumental... texan, basé à Houston. Cela étant dit, il n'a pas choisi son enseigne complètement par hasard. Khruangbin signifie en effet "avion" en thaï, sor...

Il y en a comme ça qui semblent ne rien aimer tant que se compliquer la vie. Khruangbin, par exemple. Derrière le nom imprononçable se cache un trio instrumental... texan, basé à Houston. Cela étant dit, il n'a pas choisi son enseigne complètement par hasard. Khruangbin signifie en effet "avion" en thaï, sorte d'hommage au rock/funk thaï, passion commune à l'origine du groupe: la bassiste Laura Lee et le guitariste Mark Speer, rejoints en cours de route par le batteur/producteur hip-hop Donald Johnson. De fait , Con Todo El Mundo, leur second album, lorgne encore en partie sur les guitares garage ou psyché-funk qui ont pu essaimer dans l'ancien royaume du Siam et qui ont fait l'objet de plusieurs compilations ces dernières années (sur le label Sublime Frequencies, par exemple). Khruangbin ne s'arrête cependant pas là. Con Todo El Mundo a le groove nonchalant qui picore aussi bien dans les musiques orientales (les réminiscences iraniennes de Maria También) que dans les déhanchés lascifs du jazz éthiopien ( Lady and Man, qui sonne presque par moment comme une relecture du Love Buzz de Nirvana, par Mulatu Astatke). Dans tous les cas, la musique de Khruangbin se veut posée, lascive, sans jamais tomber pour autant dans le simple exercice décoratif. Électrisé par la guitare de Speer, Con Todo El Mundo est avant tout un exercice de soul méditative, traversée épisodiquement de choeurs investis (le funk communautaire d' Evan Finds the Third Room). Une caresse nocturne dans un monde de brutes.