Un gentleman ordinaire. La formule est facile, mais va pourtant comme un trenchcoat à ce quinquagénaire londonien d'allure banale et modeste, l'exact contraire de ses dessins; dans les planches en noir et blanc de Kevin O'Neill et de sa Ligue, tout n'est qu'ampleur: depuis 10 ans, O'Neill s'est enfin trouvé son Grand îuvre en s'associant sur du long terme avec le gourou Alan Moore. Le scénariste de Watchmen, From Hell ou V for Vendetta choisit toujours méticuleusement ses dessinateurs, lesquels doivent être capables de traduire graphiquement s...

Un gentleman ordinaire. La formule est facile, mais va pourtant comme un trenchcoat à ce quinquagénaire londonien d'allure banale et modeste, l'exact contraire de ses dessins; dans les planches en noir et blanc de Kevin O'Neill et de sa Ligue, tout n'est qu'ampleur: depuis 10 ans, O'Neill s'est enfin trouvé son Grand îuvre en s'associant sur du long terme avec le gourou Alan Moore. Le scénariste de Watchmen, From Hell ou V for Vendetta choisit toujours méticuleusement ses dessinateurs, lesquels doivent être capables de traduire graphiquement ses délires narratifs, qui explosent tous les codes, mais aussi de s'attaquer à des univers géographiques et historiques amples et précis. Comme cette Angleterre et ce Londres victoriens qui ont marqué les premiers épisodes, et tout l'univers littéraire, de la LGE. Un sacerdoce, sauf pour O'Neill: " C'est un bonheur de travailler avec Alan. Il a une réputation horrible, mais c'est un homme charmant, et ses scénarios sont d'une incroyable précision. Nous sommes de vieux complices, on a déjà vécu le pire et le meilleur ensemble, comme avec Pat Mills (scénariste et autre star des comics à l'anglaise, avec qui il a réalisé Nemesis the Warlock et surtout Marshal Law, ndlr). Quant il m'a parlé de ce projet, évoluant dans le Londres victorien, j'ai été immédiatement emballé: j'avais déjà des dizaines de bouquins là-dessus, j'adore cette époque. Je ne savais pas, par contre, que j'allais en prendre pour plus de 10 ans! Quant à cette étiquette steampunk, ça m'a toujours fait rire: j'ai du regarder sur Internet ce que ça voulait dire exactement." Kevin O'Neill s'était en effet imposé depuis longtemps dans la BD britannique bien avant cette mode ressurgie dans les années 90. Enfin, imposé... Comme tous ses pairs, O'Neill a surtout vécu 30 ans de déconfiture, la BD british souffrant longtemps de multiples maux: mépris généralisé pour un divertissement confiné à l'enfantin, économie entièrement basée sur les magazines et les comics, invasion implacable des comics US et, surtout, un système de syndication des auteurs, typiquement anglo-saxon, qui les réduit au rang de main-d'£uvre contractuelle. Un imbroglio de droits et d'autorisations qui a longtemps empêché, au passage, les comics british de s'exporter correctement. " Les années 70 et 80 ont vraiment été horribles, confirme O'Neill. Alan a toujours des procès en cours, les conflits étaient permanents, tout le business était vraiment cadenassé. Mais ça a donné naissance à une génération de BD et d'auteurs réellement indépendants, fauchés, mais indépendants, dont on reconnaît la valeur aujourd'hui, je crois." O'Neill fit ainsi partie des fondateurs de la revue 2000 AD, consacrée à la SF et au fantastique, mais beaucoup plus adulte et perturbante que ses équivalents américains. Et que le public BD redécouvre peu à peu aujourd'hui, dans la foulée de la réussite de la LGE. " On sent un déclic depuis quelques années, un intérêt du reste du monde, qui réveille un peu l'Angleterre. Pourvu que ça dure!" l u EXPO-VENTE À LA GALERIE CHAMPAKA (INFOS EN PAGE 4).OLIVIER VAN VAERENBERGH