"Bleue"

Le titre du huitième album de Keren Ann a l'avantage d'annoncer clairement la... couleur. Bleue, comme le blues, les mots et les états d'âme que la musicienne-chanteuse égrène avec toujours la même douceur mélancolique. Une langueur qui a pu parfois lasser sur certains disques précéd...

Le titre du huitième album de Keren Ann a l'avantage d'annoncer clairement la... couleur. Bleue, comme le blues, les mots et les états d'âme que la musicienne-chanteuse égrène avec toujours la même douceur mélancolique. Une langueur qui a pu parfois lasser sur certains disques précédents. Sans réelle fausse note, la discographie de Keren Ann s'est en effet révélée par moments aussi belle qu'un peu distante. Toujours admirable certes, mais avec une espèce de raideur qui empêchait de complètement y succomber. Peut-être parce que Bleue est son premier disque en français depuis Nolita en 2004, il apparaît cette fois plus direct et transparent. Une sorte de mise à nu, évoquée notamment par la pochette, qui ne tourne pour autant jamais à la confession intime: la chanteuse née en Israël, ado aux Pays-Bas, révélée en France (sa participation au Jardin d'hiver d'Henri Salvador) maintient une sorte de pudeur et de réserve, qui préservent le drame du mélo (mais aussi de l'éventuelle touche de légèreté, comme dans le duo étrangement bancal avec David Byrne, Le goût d'inachevé). Ici, les amours sont forcément déçues, ou condamnées à s'épuiser, rattrapées par la vie qui ne fait jamais de cadeau. "Il me tue, cet amour", glisse-t-elle dans Sous l'eau, dont le clip appuie encore un peu plus la référence à Virginia Woolf. Le tout noyé (...) sous des cordes aussi romantiques que désespérées.