En février 2020, de retour de New York à Paris, lorsque l'artiste malien ouvre sa caisse d'instrument, il constate que sa kora, cette précieuse harpe de l'Afrique de l'Ouest, a été dépiautée, réduite en un puzzle de cordes, calebasse, peau et bois. Irréparable. Avec une carte bonjour de la Transportation Security Administration, organisme douanier américain qui n'hésite pas à fouiller les bagages et leurs contenus, voire à les démolir, à la recherche de substances dangereuses ou prohibées . Sans ...

En février 2020, de retour de New York à Paris, lorsque l'artiste malien ouvre sa caisse d'instrument, il constate que sa kora, cette précieuse harpe de l'Afrique de l'Ouest, a été dépiautée, réduite en un puzzle de cordes, calebasse, peau et bois. Irréparable. Avec une carte bonjour de la Transportation Security Administration, organisme douanier américain qui n'hésite pas à fouiller les bagages et leurs contenus, voire à les démolir, à la recherche de substances dangereuses ou prohibées . Sans aucune possibilité de recours ou de remboursement des dégâts occasionnés. Une année plus tard, Sissoko n'a pas oublié le peu subtil panzer nord-américain, comme il l'a récemment confié à The Guardian, toujours choqué. Comme si on avait violé sa propre intimité. Mais avec une nouvelle kora, Sissoko a pris le parti de nuancer et d'approfondir une autre proposition musicale. De construire un album de dialogue et d'échange avec une demi-douzaine d'invités éclectiques. Sissoko n'échappe jamais à son ADN, la matrice kora lui faisant de l'oeil dès le titre de l'album - Djourou signifie "corde" en bambara. Un morceau d'ouverture plus tard, l'épuré Demba Kunda, Sissoko introduit sa première guest, l'Anglo-Gambienne Sona Jobarteh, joueuse de kora elle aussi. Et chanteuse chavirante qui nous emmène vers des sensations de cristal noir musical. Changement de paradigme au morceau suivant, où Vincent Segal -violoncelliste compagnon de route de Ballaké- et le clarinettiste Patrick Messina taillent dans La Symphonie fantastique de Berlioz. Toujours avec le karma kora. Retour ensuite à la pleine Afrique, lorsque Salif Keita prouve sur Guelen qu'à 71 ans, il reste l'un des seigneurs de la voix contemporaine, tous genres confondus. Une pause plaisante avec Camille et un autre instrumental plus tard, Oxmo Puccino apporte le plaisir des mots tactiles sur le posé Frotter les mains, en voix rauque et, toujours, kora magnifiée. Reste alors à se délecter de la participation de Piers Faccini -compagnon de label- chantant dans un idiome (non identifié) les rêves éternels unissant l'Europe à la mère africaine ( Kadidja). Feu! Chatterton et surtout son chanteur Arthur Teboul closent l'album avec les 9 minutes et 20 secondes d' Un vêtement. Le moment le plus surprenant de Djourou, développant une narration poétique en français qui sonne un peu comme une version afro-acoustique de l'ancien Noir Désir. Et hypnotiserait même les peu subtils douaniers ricains.