" Quand j'étais gosse, le pays était encore communiste. On ne voyait pas beaucoup de films d'auteurs intéressants ou provocateurs. On nous gavait de comédies..." Né en 1975 sur les bords de la mer noire, à Bourgas, premier port de Bulgarie, Kamen Kalev ne s'en est pas moins forgé un véritable esprit critique. Un caractère posé mais bien trempé. Une vision contestataire du système.
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" Quand j'étais gosse, le pays était encore communiste. On ne voyait pas beaucoup de films d'auteurs intéressants ou provocateurs. On nous gavait de comédies..." Né en 1975 sur les bords de la mer noire, à Bourgas, premier port de Bulgarie, Kamen Kalev ne s'en est pas moins forgé un véritable esprit critique. Un caractère posé mais bien trempé. Une vision contestataire du système. Tourné avec les moyens du bord (des amis, une caméra HD) et monté avec un ordinateur portable, son premier long, Eastern Plays, Grand Prix du 22e festival international du film de Tokyo, est moins l'£uvre d'un donneur de leçons que d'un observateur impertinent. " Nous ne sommes pas bien différents de tout ce que le monde a déjà connu. Des types agressifs, fous, en errance, en souffrance, il y en a toujours eu. La force physique est juste une expression différente de la pensée. Nous paraissons sans doute moins sauvages qu'au Moyen Age mais même si elle est dans bien des cas devenue verbale, la violence est toujours présente. Ce que nous vivons aujourd'hui, c'est la faillite d'un système éducatif. L'échec de la télé, de l'école, de la famille. Ceux qui fabriquent nos idées et nos rêves. Les parents transmettent souvent leurs propres souffrances et soumissions à leurs enfants. Mais ce qui me préoccupe, c'est que 99 % de la population, je pense, fait des trucs sans les comprendre." Kalev, lui, sait d'où il vient et où il va. Quand il entre en 1996 dans une école de cinéma à Sofia, il arrive au 7e art par son amour immodéré de la photo. " Je me suis intéressé à l'époque aux films documentaires bulgares. Une vraie tradition. Des travaux assez fins que pour ridiculiser le système sans se faire choper par la censure. Je me suis aussi pris de passion pour Bergman, les néo-réalistes italiens." Dans la foulée, via concours, il débarque à Paris et entre à la Fémis. Il découvre Cassavetes, flashe sur Le Passe-Montagne de Stévenin. Et 5 ans plus tard, retourne en Bulgarie pour préparer ce qu'il pense être son premier long métrage. Le projet s'enlise. Kalev peine à trouver des fonds et se met à bosser dans la publicité. Il signe parallèlement quelques clips tandis que ses courts, Get the rabbit back (2005) et Rabbit Troubles (2007), réalisés avec Dimitar Mitovski, sont sélectionnés dans le cadre de la semaine de la critique au Festival de Cannes. Notre homme décide de se lancer sur un film moins coûteux. De mêler réalité et fiction. D'évoquer un sujet qu'il connaît bien. Ceux qui tentent de maintenir leur art vivant dans les sociétés pauvres ou répressives. Eastern Plays raconte la vie d'Itso, sculpteur sur bois tourmenté, sous méthadone, depuis tragiquement disparu, qui n'arrive pas à vivre de sa passion. " Je ne sais pas comment s'annonce notre futur, conclut Kalev. Ce que je vois, ce sont des gens perdus, des gars confus. Mais doit-on déplorer ce que nous vivons? Nous avons peut-être besoin de ce stade pour comprendre ce qui nous arrive et aller de l'avant." Julien Broquet