Johnny Hallyday est mal en point. Il y a peu, il faisait encore la une de Charlie Hebdo dans une chambre d'hosto, intubé par quasi tous les orifices. "Johnny laisse tomber le rock et se met à l'électro." Rongé par un cancer du poumon, récemment hospitalisé pour détresse respiratoire, l'ancienne idole des jeunes se fait vieux à 74 ans, et ne sera pas là ad vitam aeternam pour raconter les débuts du rock en France. C'est sans doute ce qui fait ...

Johnny Hallyday est mal en point. Il y a peu, il faisait encore la une de Charlie Hebdo dans une chambre d'hosto, intubé par quasi tous les orifices. "Johnny laisse tomber le rock et se met à l'électro." Rongé par un cancer du poumon, récemment hospitalisé pour détresse respiratoire, l'ancienne idole des jeunes se fait vieux à 74 ans, et ne sera pas là ad vitam aeternam pour raconter les débuts du rock en France. C'est sans doute ce qui fait le plus grand intérêt de ce documentaire écrit et réalisé par Jean-Christophe Rosé: sa valeur presque testamentaire. On est le 27 avril dernier, à Los Angeles, au studio Apollo. L'homme aux 110 millions d'albums vendus n'a pas envie de parler mais il le fait quand même. Longuement. Sincèrement. Comme s'il imaginait se soumettre à l'exercice de l'interview pour la dernière fois. Jean-Philippe Smet revient sur ses débuts, a du mal à évoquer son père mais retrace son enfance dans une famille où on mange de la viande à peine une fois par mois. Il se souvient du succès qui lui a permis de sortir les siens du désoeuvrement, de ceux qui voulaient faire de lui un chanteur-acteur comme Elvis. Parce que Johnny Hallyday, la France rock'n'roll, c'est surtout Johnny raconté par Johnny. Rythmé par de nombreuses et parfois savoureuses images d'archives et bercé par la voix de Richard Berry. Il n'y a pas de grand génie ici mais des histoires de dingue. Le crash d'avion qu'il évite parce qu'il arrive en retard à l'aéroport. Sa fausse rivalité avec Antoine. L'arrivée des Beatles. Le Johnny Circus aussi, tournée itinérante qui fut un fiasco et dont il eut du mal à se remettre financièrement. Puis ses accointances avec Sarkozy et ses démêlés avec le fisc. Johnny raconte aussi les autres. Sa rencontre avec Godard. Michel Berger, "méticuleux et délicat". Jean-Jacques Goldman "pour qui monter sur scène était un supplice". Puis évidemment Jacques Brel, "un chanteur de blues",qui passait le chercher avec son petit avion pour l'emmener déjeuner. De vieux documents audiovisuels le montrent en train de donner un concert en prison. Lui qui, disait-il, aurait pu terminer derrière les barreaux si la musique ne l'avait sauvé. Un mythe se met à nu.