Tournés par John Huston au crépuscule de son parcours -il tirera sa révérence quelques années plus tard, en 1987, sur The Dead, d'après James Joyce-, Le Malin et Au-dessous du volcan témoignent éloquemment de la vitalité qui habitait un cinéaste alors largement septuagénaire, tout en rappelant sa capacité à faire des adaptations littéraires émaillant sa filmographie des oeuvres toutes personnelles. Un postulat vérifié du Faucon maltais, d'après Dashiell Hammett, à L'homme qui voulut être roi, d'après Rudyard Kipling, et qu'illustrent limpidement ces deux films inspirés le premier de Flannery O'Con...

Tournés par John Huston au crépuscule de son parcours -il tirera sa révérence quelques années plus tard, en 1987, sur The Dead, d'après James Joyce-, Le Malin et Au-dessous du volcan témoignent éloquemment de la vitalité qui habitait un cinéaste alors largement septuagénaire, tout en rappelant sa capacité à faire des adaptations littéraires émaillant sa filmographie des oeuvres toutes personnelles. Un postulat vérifié du Faucon maltais, d'après Dashiell Hammett, à L'homme qui voulut être roi, d'après Rudyard Kipling, et qu'illustrent limpidement ces deux films inspirés le premier de Flannery O'Connor, le second de Malcolm Lowry. Le Malin (titre original Wise Blood) accompagne, dans l'Amérique des années 70, Hazel Motes (Brad Dourif), un jeune homme qui, à la démobilisation, gagne la petite ville de Taulkinham, dans le Tennessee, où il va croiser la route d'Asa Hawks (Harry Dean Stanton), un prédicateur escroc, et de sa fille (Amy Wright). Et de s'élever contre les charlatans en inaugurant un nouveau culte, l'Église de la vérité sans Jésus, entreprise virant rapidement à l'obsession hallucinée. La matrice d'un film curieux, oscillant, comme souvent chez Huston, entre réalisme et grotesque, l'humour humanisant quelque peu le fanatique Hazel, non sans trouver, dans son portrait en creux d'une Amérique profonde livrée aux commerçants du culte, une acuité intacte. La ville de Cuernavaca, au Mexique, dans l'effervescence de la veille du Jour des morts 1938, offre son cadre à Au-dessous du volcan, réalisé par John Huston d'après le roman-culte de Malcolm Lowry, réputé pourtant inadaptable (Patrick Brion recense quelques-uns des nombreux projets avortés dans son intéressante introduction, l'un des multiples compléments aux côtés notamment d'une analyse du traducteur Serge Chauvin ou d'un entretien entre John Huston et Michel Ciment, le directeur de Positif). C'est là, ancrée dans la chair mexicaine et placée sous le signe d'une mort omniprésente, l'histoire tragique de Geoffrey Firmin (Albert Finney), ex-consul britannique se languissant de l'absence de sa femme, Yvonne (Jacqueline Bisset), partie sous d'autres cieux. Et s'abandonnant, non sans panache autodestructeur d'ailleurs, à une dérive supérieurement alcoolisée. Une fuite en avant que la réapparition de son épouse ne suffira pas à enrayer, un destin funeste semblant devoir se refermer inexorablement sur les protagonistes de ce drame imbibé auquel le réalisateur confère un tour proprement désespéré. Pour sonner, avec Firmin -intensément habité par un sensationnel Albert Finney-, le glas d'un certain romantisme, la figure don quichottesque traversant sa filmographique trouvant là une incarnation aussi funèbre que définitive...