"Je voulais faire un film qui procure aux gens qui prenaient du LSD à cette époque les mêmes hallucinations que donnait la drogue mais sans que ce soit des hallucinations. Je ne voulais pas que les gens prennent du LSD, je voulais fabriquer moi-même la drogue."
...

"Je voulais faire un film qui procure aux gens qui prenaient du LSD à cette époque les mêmes hallucinations que donnait la drogue mais sans que ce soit des hallucinations. Je ne voulais pas que les gens prennent du LSD, je voulais fabriquer moi-même la drogue."Ainsi parle Alejandro Jodorowsky de ce qui aurait dû être son plus grand film, Dune. L'adaptation d'un roman phare, signé Frank Herbert, de la science-fiction. Quatre ans de préproduction... Avant que la fille du producteur Dino De Laurentiis ne lui retire le pain de la bouche pour le confier à David Lynch (Jodorowsky avoue avoir retrouvé le sourire en regardant le film tellement il l'a trouvé mauvais et Lynch, n'ayant pas eu le final cut, l'a lui-même renié), le réalisateur franco-chilien avait remué ciel et terre pour mener le projet à bien. L'ambition du cinéaste était énorme. Jodorowsky voulait créer un prophète, un dieu artistique et cinématographique. Faire quelque chose de sacré qui ouvrirait des perspectives nouvelles et l'esprit. Tel un gourou, il appelait d'ailleurs ses collaborateurs des "guerriers spirituels". Le documentaire de Frank Pavich brosse brièvement le portrait du cinéaste avant de raconter la genèse du chef-d'oeuvre avorté. Pour son Dune, space opéra dans lequel une épice élève les niveaux de conscience, ouvre le temps et l'espace à ceux qui l'ingèrent, Jodorowsky n'avait pas lésiné sur les moyens. Il avait embauché Moebius (après être tombé sur un Blueberry), qu'il a utilisé comme une caméra pour un storyboard ultra évolué. Il a persuadé la crème du rock (il voulait un groupe pour chaque planète) de se joindre à l'aventure. Et il a même soumis son fils Brontis à un régime draconien pour l'y préparer. Karaté, acrobaties... Le gamin avait dû apprendre à se battre à mains nues, avec un couteau, une épée. Six heures par jour, sept jours sur sept, pendant deux ans... "À l'époque, si j'avais dû me couper un bras pour tourner ce film, je l'aurais fait (...) J'étais même prêt à mourir," avoue le réalisateur. Dans ce documentaire passionnant, Jodorowsky, âgé de 84 ans et doté d'une vitalité hallucinante, s'étale. Longuement interviewé, il explique comment il a convaincu Orson Welles, a enrôlé Pink Floyd, Mick Jagger et approché Salvador Dalí. Tandis que des images du storyboard se mettent en mouvement, son fils, le producteur du film Michel Seydoux, le plasticien H. R. Giger, le dessinateur Chris Foss ou encore l'admirateur Nicolas Winding Refn ( Drive) partagent leurs souvenirs et leurs impressions sur ce film jamais réalisé qui a marqué de son empreinte l'Histoire de la science-fiction. Le programme à n'absolument pas rater ce mois-ci à la télé.