Il arrive que l'on se laisse aller à quelques a priori. Un portrait d'une heure et demie sur Joan Baez, sacrée madone du folk au lendemain d'une prestation remarquée au festival de Newport, pourrait se révéler un brin assommant. Pourtant, il fallait bien ces quelques instants pour embrasser la figure emblématique qu'elle a incarnée. Ce titre déjà, How Sweet the Sound, deuxième vers du mythique Amazing Grace, ne pouvait que nous mettre sur la voie. Car son timbre limpide, qu'elle mit au service tant de l'harmonie que de l'émancipation, résonne encore longtemps après la diffusion de ce documentaire aussi spontané que touchant. De ses débuts dans les coffee shops de Cambridge à l'excitation mêlée d'angoisse du succès, en dérivant vers ses amours furtives (Dylan bien sûr, dont elle évoque sans fard la dépendance mélodico-amoureuse) et son inconditionnel militantisme, il élague 50 ans d'un parcours collectivement qualifié d'irréprochable par quelques fameux intervenants comme David Crosby, John McGuinn ou Tucker Zimmerman en personne. Non sans fardeau, au coeur de sa résistance à la conscription ou dans son engagement pour les droits civiques, Baez portera coûte que coûte un regard éthique sur le monde qu'il est, in fine, plaisant de partager. Une carrière qui se célèbre en une tournée d'adieu dont le passage à l'Olympia sera diffusé dans la foulée. Incroyable grâce.

Documentaire de Mary Wharton.

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