"Damned Devotion"

Quand Joan As Police Woman, le projet derrière lequel se cache l'Américaine Joan Wasser, est apparu il y a une dizaine d'années, il était volontiers drapé d'une certaine aura dramatique. Sur foi notamment de chansons très personnelles et souvent désenchantées, de la part de la collaboratrice d'Antony & The Johnsons et Rufus Wainwr...

Quand Joan As Police Woman, le projet derrière lequel se cache l'Américaine Joan Wasser, est apparu il y a une dizaine d'années, il était volontiers drapé d'une certaine aura dramatique. Sur foi notamment de chansons très personnelles et souvent désenchantées, de la part de la collaboratrice d'Antony & The Johnsons et Rufus Wainwright (et dernière petite amie de Jeff Buckley). Au fil du temps, Wasser a cependant su trouver d'autres couleurs, plus pop, pour ses ballades. La dernière fois, Let It Be You consistait ainsi en un duo avec Benjamin Lazar Davis, membre d'Okkervil River, influencé notamment, au moins dans l'intention, par les musiques africaines. Avec son cinquième album, Joan As Police Woman fait mine de revenir à ses intentions premières. Damned Devotion n'est pas pour autant une marche en arrière. Boulimique de musique (ses collaborations avec des musiciens aussi différents que RZA, Daniel Johnston ou Norah Jones), Wasser s'appuie ici plus souvent qu'à son tour sur des programmations électroniques dont l'âpreté ( I Don't Mind) contraste souvent avec le velours soul de sa voix. En ouverture, Wonderful avance lentement, aussi dépouillé qu'un morceau de James Blake. Plus loin, Steed (for Jean Genet) joue au contraire sur la luxuriance des arrangements, sans jamais que la tension ne retombe. Entre récit intime ( What Was It Like, et sa boîte à rythme rudimentaire, évoquant les récents décès de ses deux pères, adoptifs et biologiques) et accents plus politiques ( The Silence, écrit après la Marche des femmes sur Washington, en 2017), Joan Wasser réussit ainsi une pop adulte, à la fois élaborée et sensible.