Il y a longtemps que le football en BD n'est plus le monopole d'Éric Castel. Non seulement les albums de divertissement voire les purs produits marketing sont désormais légion, des Foot Maniacs à Foot 2 rue en passant par la collection "Dupuis Sport" qui consacre des mini-séries de niche aux clubs du Standard, de Barcelone ou, dernièrement, au FC Bruges. Mais la bande dessinée plus intellectuelle voire complètement indé ne rechigne plus à chausser elle aussi les crampons: Étienne Davodeau ( Ceux qui t'aiment), Kris ( Un maillo...

Il y a longtemps que le football en BD n'est plus le monopole d'Éric Castel. Non seulement les albums de divertissement voire les purs produits marketing sont désormais légion, des Foot Maniacs à Foot 2 rue en passant par la collection "Dupuis Sport" qui consacre des mini-séries de niche aux clubs du Standard, de Barcelone ou, dernièrement, au FC Bruges. Mais la bande dessinée plus intellectuelle voire complètement indé ne rechigne plus à chausser elle aussi les crampons: Étienne Davodeau ( Ceux qui t'aiment), Kris ( Un maillot pour l'Algérie), Bilal ( Hors jeu) ou Bouzard ( Football football) sont ainsi déjà montés sur la pelouse. La démarche est aussi vraie à l'inverse: moult footballeurs ont accepté voire participé à leur (piètre) bio en BD, de Zidane à Zlatan en passant par Neymar ou Thuram. Mais celle-ci n'a vraiment rien à voir avec celles-là, puisque dans J'perds pas la boule, l'ancien footballeur français Vikash Dhorasoo a choisi de se raconter différemment, avec une autrice elle-même très différente. Résultat: un album déroutant comme un petit pont. Le milieu offensif français aux origines modestes, indiennes et mauriciennes a évolué quinze ans durant dans quelques clubs fameux, dont le PSG et le Milan AC, et multiplie depuis sa fin de carrière les engagements associatifs et politiques ancrés à gauche, avec une vraie appétence pour la bande dessinée -il y a six ans, il lançait le mouvement Tatane, qui veut remettre le lien social au centre du terrain, avec, déjà, un livre illustré par des cadors comme Pénélope Bagieu ou Charles Berberian. Un profil et un parcours qui ne ressemblent donc à aucun de ses pairs, et qui expliquent en partie le choix de faire appel à Émilie Gleason: la Belgo-Mexicaine, installée à Paris, n'y connaissait rien, ni en foot ni en Dhorasoo, mais n'a rien changé à sa manière de faire, qui avait fait sensation l'année dernière avec son premier album, Ted, drôle de coco, chez Atrabile. Des personnages chewing-gum, des couleurs qui pètent à chaque case, un style enfantin, faussement maladroit, et une folie graphique permanente qui s'exprime dans des anecdotes tenant sur une ou deux pages... On n'avait jamais lu ça pour une bio de footeux, bio qui pointe d'ailleurs moins ses meilleurs faits de match que les magouilles ou le racisme auxquels Dhorasoo a dû faire face, avec quelques guest stars comme Berlusconi ou Sarkozy, qui n'en sortent pas grandis. L'équipe de J'perds pas la boule propose ainsi un fond de jeu dramatique mais une animation pleine de joie. Et rien que pour ça, on leur accorde le but.