Jean Ziegler, on aime ou on déteste, selon la formule paresseusement consacrée. Reconnaissable à son accent suisse et ses propos dignes d'un Robin des Bois 2.0, son engagement politique, pugnace, tenace, tape infatigablement sur le même clou. Couvé dans une famille plutôt aisée de la Confédération helvétique, le jeune Jean y fait très tôt la découverte d'une injustice criante mais acceptée dans le silence: la pauvreté d...

Jean Ziegler, on aime ou on déteste, selon la formule paresseusement consacrée. Reconnaissable à son accent suisse et ses propos dignes d'un Robin des Bois 2.0, son engagement politique, pugnace, tenace, tape infatigablement sur le même clou. Couvé dans une famille plutôt aisée de la Confédération helvétique, le jeune Jean y fait très tôt la découverte d'une injustice criante mais acceptée dans le silence: la pauvreté d'une frange importante et cachée de la population, dont les orphelins et les enfants arrachés à leurs familles sont envoyés en saison travailler dans des fermes et des alpages pas toujours avoisinants. Est-ce cette prise de conscience douloureuse qui a mené le futur héraut du droit à l'alimentation, rapporteur spécial auprès de l'ONU puis vice-président du Comité consultatif du Conseil des droits de l'homme, sur le chemin de la lutte contre la faim dans le monde, ce "crime organisé" dont "on peut désigner les assassins", selon ses propres mots? Formé à la sociologie et à l'activisme révolutionnaire, ce grand admirateur de Sartre et de Che Guevara a écumé les plateaux télé, les forums, les manifestations ainsi que quantité de commissions et de séances plénières d'institutions internationales, avec ce mantra formulé comme une double exigence: permettre à chacune et chacun de manger à sa faim, démontrer et démonter les mécanismes politiques, économiques et financiers qui les en empêchent. Ni dossier à charge ni portrait hagiographie, le documentaire soigné de Nicolas Wadimoff suit le moindre de ses pas: Ziegler prend des accents rousseauistes dans les meetings, peste contre les atermoiements de représentants de l'ONU, motive de jeunes activistes, fait oeuvre incessante de pédagogie ou l'étalage de son admiration pour l'économie planifiée cubaine. Si ce passage peut troubler, il est surtout la preuve que ce documentaire ne fait l'économie d'aucun pan de la personnalité et des combats de Ziegler, pour permettre au spectateur de sortir de sa chapelle et de se faire sa propre opinion sur un homme au service d'une cause incontournable.