2003, Alain Bashung tourne ses Grands espaces. Sur la scène bleutée d'une banlieue parisienne, sept musiciens dont ce violoncelliste, allure monacale de prof de chimie: ses cordes implosent dans un crachin sonore métaphysique, la chanson s'envole, le public sourit, héberlué. Jean-François Assy n'a alors que 28 ans et Bashung est son royaume: " Je suis allé passer une audition à Paris avec mon comparse violoniste Nicolas Stevens. On nous avait donné une liste de titres, Alain est arrivé, on a jouéMadame rêve , j'étais dans mes p...

2003, Alain Bashung tourne ses Grands espaces. Sur la scène bleutée d'une banlieue parisienne, sept musiciens dont ce violoncelliste, allure monacale de prof de chimie: ses cordes implosent dans un crachin sonore métaphysique, la chanson s'envole, le public sourit, héberlué. Jean-François Assy n'a alors que 28 ans et Bashung est son royaume: " Je suis allé passer une audition à Paris avec mon comparse violoniste Nicolas Stevens. On nous avait donné une liste de titres, Alain est arrivé, on a jouéMadame rêve , j'étais dans mes petits souliers. Un mois plus tard, on nous rappelait pour un second round." Jean-François et Nicolas sont embauchés: un an et demi de tournée, une centaine de dates et puis encore un prolongement live en petite formation. " Il voulait que la musique reste dans un certain carcan tout en cherchant à être étonné musicalement, on est toujours restés en contact et j'ai été de la dernière tournée."Le Bruxellois Jean-François Assy n'a jamais terminé le Conservatoire, mais l'a pratiqué, comme moult cours privés. " Mon père est violoniste, j'étais baigné de classique mais je ne voulais pas devenir instrumentiste d'orchestre." Première chance avec Sheller en 2000: " On était 19 musiciens et tout était écrit, c'était un peu les colonies de vacances, un troupeau sur la route, on faisait la fête tous les soirs. J'ai alors 25 piges et je commence à gagner ma vie." En 1999, il acquiert " un Darche, instrument belge de 1857, qui coûte à l'époque 15 000 euros, l'équivalent d'une bonne Audi, d'ailleurs je l'ai payé comme on rembourse une bagnole..." Il équipe l'engin d'un micro Olivier Pont -luthier français spécialisé dans l'amplification des cordes- et se met en exploration sonore. " Chez Daan, avec qui je joue encore après une centaine de dates en formule trio (1) , j'ai gardé l'idée de faire des boucles, comme chez Bashung, avec un rack d'une dizaine de pédales et une machine qui permet de ne pas avoir d'ordi, le RC-50 de Boss. Chez Daan, il y a un squelette harmonique et rythmique, je fais ce que je veux autour." Comme chez Daniel Darc, avec qui il tourne ces temps-ci, plutôt en France, Assy alterne suspension mélodique et impro, enrobant le morceau avant de le porter ailleurs. Terrain vierge vu le manque de violoncellistes "rock" reconnus, à l'exception notable du fou furieux Denis Van Hecke (mort début 2012), le premier qui a, littéralement, désossé le noble instrument. Parfois aussi, comme chez Blanche, avec qui il se produit régulièrement, Jean-François quitte la position Assy et se lance avec gourmandise dans des parties de basse électrique: " Mon violoncelle groove aussi, mais de différente manière. Je me demande parfois quels sont les musiciens qui l'ont employé depuis 150 ans, faudrait faire un arbre généalogique..." l (1) ASSY EST EN TOURNÉE BELGE AVEC DAAN EN NOVEMBRE/DÉCEMBRE, WWW.DAAN.BE ET AVEC BLANCHE EN OCTOBRE, WWW.BLANCHE-MUSIC.COM PHILIPPE CORNET