C'est Fred Jannin lui-même qui a choisi d'intituler Trop de tout la rétrospective que lui consacre depuis la semaine dernière le Centre belge de la bande dessinée, à Bruxelles. "Ça sonne quand même mieux que De la BD au multimédia, comme ils voulaient le faire à l'origine", nous explique le dessinateur et humoriste, avec un de ses accents, cette fois un peu pincé, dont il a le secret. Ça sonne mieux, et c'est vrai: en 40 ans de carrière, Jannin n'a jamais su se décider et se choisir une voie. Il en a pris des tonnes, qui l'ont souvent conduit à la bonne rigolade, mais aussi au succès. Du Journal de Spirou à l'aventure des Snuls, en passant par Fr...

C'est Fred Jannin lui-même qui a choisi d'intituler Trop de tout la rétrospective que lui consacre depuis la semaine dernière le Centre belge de la bande dessinée, à Bruxelles. "Ça sonne quand même mieux que De la BD au multimédia, comme ils voulaient le faire à l'origine", nous explique le dessinateur et humoriste, avec un de ses accents, cette fois un peu pincé, dont il a le secret. Ça sonne mieux, et c'est vrai: en 40 ans de carrière, Jannin n'a jamais su se décider et se choisir une voie. Il en a pris des tonnes, qui l'ont souvent conduit à la bonne rigolade, mais aussi au succès. Du Journal de Spirou à l'aventure des Snuls, en passant par Froud et Stouf ou les pubs Devos Lemmens, Jannin fait partie intégrante du paysage culturel belge et francophone. L'expo qui lui est consacrée est ainsi à son image: remplie de documents pathologiquement conservés (du télégramme lançant la création du Trombone illustré aux premières annotations de Franquin sur ses dessins), effectivement multimédia (des projections de sketches jusqu'à la présence du véritable "Soulagicon" des Snuls) et largement tournée vers l'humain et ses amis, réunis jusqu'à l'affiche de son exposition. Ça doit me venir de l'école de Marcinelle, qui était le contraire de la prétention: j'ai vraiment du mal à me mettre en avant. Mais c'est aussi une arme à double tranchant: mettre tous mes potes autour de moi sur l'affiche et dans l'expo, ça me mettait la pression pour que ce soit bien! Si elle était médiocre avec juste ma tronche, je pourrais assumer, mais là... Oui, c'est un peu bizarre. Ma réponse bateau quand on me le fait remarquer: "Je n'ai mis que les amis avec lesquels je n'ai pas couché!" C'est pourtant vrai que je lie souvent mes compagnes à mon travail créatif... Il faudra que je prévois une autre expo, que avec mes ex! Oui, mais c'est plus fort que moi, et j'assume. Mon père, qui était peintre, m'avait mis en garde, je ne l'ai pas écouté, je crois que ça m'a immunisé. Regretter, c'est une vraie maladie, un truc dans le cerveau, une pathologie, ça ne fait que faire souffrir. J'ai parfois eu cette angoisse avec mes enfants, qu'ils croient que "c'est facile". Mais je sais que ce qui doit rester en tête de liste de tes motivations, c'est le plaisir de s'amuser, et pas que ça marche. Et j'ai fait des tas de trucs qui n'ont pas marché. Ou la déplacer, oui. Il y a d'abord l'envie de lutter contre cette trouille absolue -si on réfléchit trois secondes au monde qui est le nôtre, il n'y a aucun raison de ne pas avoir la trouille de tout! Mais mon débordement d'activités, c'est aussi juste pour avoir bon! Je suis un jouisseur, j'ai une liste de trucs qui me font jouir. L'ordre peut changer -là pour l'instant, c'est la peinture- mais c'est toujours le moteur. C'est très difficile. Le fait d'être tous, peut-être, des enfants coincés dans des corps d'adultes. André (Franquin, NDLR) disait souvent qu'un adulte, ce n'est rien d'autre qu'un enfant qui a mal tourné. Et c'est presque une contrainte qu'Yvan (Delporte, NDLR) avait insufflée dans tout le Journal de Spirou: "Si vous ne vous amusez pas, ça se verra." Ça m'est resté. JANNIN ET NOUS... TROP DE TOUT, JUSQU'AU 05/03. CBBD, 20 RUE DES SABLES À 1000 BRUXELLES. WWW.CBBD.BE RENCONTRE Olivier Van Vaerenbergh