L'âge n'a en rien entamé la détermination de Costa-Gavras à faire rimer cinéma grand public et forts sujets à dimension sociale et politique. Son nouveau film, Le Capital, plonge dans les eaux glacées du système financier international, sur les pas d'un puissant banquier joué par Gad Elmaleh. Un nouveau contre-emploi d'acteur comique dans un rôle on ne peut plus sérieux, après celui de José Garcia dans Le Couperet. Et un film à suspense aux allures de pamphlet sur un monde que l'argent a rendu fou, irresponsable.
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L'âge n'a en rien entamé la détermination de Costa-Gavras à faire rimer cinéma grand public et forts sujets à dimension sociale et politique. Son nouveau film, Le Capital, plonge dans les eaux glacées du système financier international, sur les pas d'un puissant banquier joué par Gad Elmaleh. Un nouveau contre-emploi d'acteur comique dans un rôle on ne peut plus sérieux, après celui de José Garcia dans Le Couperet. Et un film à suspense aux allures de pamphlet sur un monde que l'argent a rendu fou, irresponsable. Au mot de thriller, je préfère celui de suspense. Il signifie qu'on est suspendu à la question de comprendre ce qui va se passer après. Mon film est un spectacle, pas un discours politique. J'y raconte une histoire, une histoire de notre temps. J'essaie de lui donner le rythme, de susciter l'attente du spectateur. Depuis la tragédie grecque, on n'a jamais cessé de placer le spectateur dans cette attente de ce qui va pouvoir se passer... C'est d'une certaine manière un film de guerre. Je crois que la Troisième Guerre mondiale a commencé, et qu'elle est économique. Il n'y a pas beaucoup de sang, sinon çà et là quelques suicides. Mais cette guerre fait énormément de victimes... Comment sommes-nous passés de l'argent comme moyen de communication entre les gens à cet argent corrupteur qui transforme nos sociétés en enfers comme le sont aujourd'hui devenus la Grèce, l'Espagne... Mon film est donc un film de guerre, avec au centre un petit lieutenant qui devient général, en exerçant cette violence économique qui est devenue permanente dans notre société. Gad est formidablement sympathique. Il suffit de l'accompagner en public pour voir les gens se presser, un grand sourire aux lèvres. Certains rient même sans qu'il ne doive rien faire pour ça. Gad donne de la joie aux gens, il génère une énorme sympathie. L'idée pour le film était de le voir changer, au fur et à mesure, faire des choses de plus en plus négatives, aller là où les spectateurs aimeraient qu'il n'aille pas. La star d'un film peut faire des bêtises au début, mais il redevient normalement bien à la fin, il offre au public la catharsis espérée. Là, c'était le contraire. Le public se demande forcément comment quelqu'un ayant un tel crédit de sympathie à ses yeux peut en arriver là... On est plus près du réel, et c'est le plus important. Faire que les spectateurs s'interrogent, donner de la réalité, sans tricher, le rôle du metteur en scène s'arrête là. Quand certains me disent que divertir signifie ne pas aborder de questions graves, je réponds par l'exemple de Shakespeare, de Sophocle, de Jean Renoir. Je pense que les grandes £uvres ont toujours diverti, tout en disant quelque chose de profond sur l'humain. Mais tout pète déjà! Dans les pays déjà cités, au Portugal, et partout ailleurs où l'on sacrifie l'emploi sur l'autel du profit. La situation est très grave. La réplique du personnage de Gad -" On prend aux pauvres pour donner aux riches"-, je ne l'ai pas inventée. Je l'ai trouvée dans une interview d'un ex-responsable de Goldman Sachs... Il peut y avoir une réaction. Regardez la mafia des agences de notation, on commence à lui faire des procès, et à les gagner. En Australie déjà, en Italie bientôt. Et il y en aura d'autres! Peut-être faudra-t-il que des femmes arrivent à ces postes de pouvoir où tout se décide, et y mettent en £uvre une autre éthique. On ne voit presque aucune femme, à ce niveau. Ou alors ce sont des femmes qui se comportent comme les hommes... RENCONTRE LOUIS DANVERS