On se souvient que Steven Spielberg a très tôt travaillé pour le petit écran. Il y a même fait ses classes. Exemple parmi d'autres: plus tard logiquement exploité en salles, son Duel (1971) fondateur, thriller course-poursuite où le danger prend -littéralement- les traits d'un camion, n'était à l'origine qu'un téléfilm mis en boîte pour ABC. Au mitan des années 80, fort du succès monstrueux de E.T. et Indiana Jones, il annonce son retour dans la lucarne via une série qu'il produit (toujours), écrit (souvent) et met en scène (parfois), promettant un petit film de cinéma hebdomadaire à la télévision. Et s'inscrivant dans la grande tradition anthologique (chaque épisode raconte une histoire complète et indépendante, avec un cast renouvelé) des années 50-60, celle des Alfred Hitchcock Presents mais surtout des One Step Beyond, The Outer Limits (Au-delà du réel) ou, bien sûr, The Twilight Zone (La Quatrième Dimension), avec lesquelles le réalisateur des Rencontres du troisième type a grandi dans un rapp...

On se souvient que Steven Spielberg a très tôt travaillé pour le petit écran. Il y a même fait ses classes. Exemple parmi d'autres: plus tard logiquement exploité en salles, son Duel (1971) fondateur, thriller course-poursuite où le danger prend -littéralement- les traits d'un camion, n'était à l'origine qu'un téléfilm mis en boîte pour ABC. Au mitan des années 80, fort du succès monstrueux de E.T. et Indiana Jones, il annonce son retour dans la lucarne via une série qu'il produit (toujours), écrit (souvent) et met en scène (parfois), promettant un petit film de cinéma hebdomadaire à la télévision. Et s'inscrivant dans la grande tradition anthologique (chaque épisode raconte une histoire complète et indépendante, avec un cast renouvelé) des années 50-60, celle des Alfred Hitchcock Presents mais surtout des One Step Beyond, The Outer Limits (Au-delà du réel) ou, bien sûr, The Twilight Zone (La Quatrième Dimension), avec lesquelles le réalisateur des Rencontres du troisième type a grandi dans un rapport de révérence quasiment dogmatique. Spielberg y injecte toutes les trouvailles narratives qui agitent son cerveau mais dont il ne peut pas espérer tirer un long métrage: c'est à la fois un providentiel déversoir d'idées et un ambitieux laboratoire créatif. Fonctionnel et innovant, en somme. Les Amazing Stories (Histoires fantastiques pour la vf) sont nées -baptisées de la sorte en hommage au tout premier magazine pulp du même nom qui, dès les années 20, s'est entièrement consacré à la science-fiction. Particularité: confiance est donnée à des auteurs de qualité, qu'ils soient déjà fameux (Martin Scorsese, Clint Eastwood, Irvin Kershner, Tobe Hooper...) ou en passe de le devenir (Phil Joanou, Kevin Reynolds, Brad Bird...). Plateformes d'expression ou tremplins vers la gloire, leurs épisodes s'apparentent à des récits majoritairement bienveillants, tendant vers un côté contes de fées: le genre d'histoires qu'on se raconte autour du feu, pour se faire peur mais pas trop, avant de regagner sa tente. Côté acteurs, vedettes et graines de stars se pressent au portillon: Harvey Keitel, Kevin Costner, Patrick Swayze, Christina Applegate, David Carradine, Sondra Locke, Danny DeVito, Mark Hamill, Charlie Sheen, Kiefer Sutherland, Mary Stuart Masterson... Entre septembre 1985 et avril 1987, deux saisons se succèdent sur NBC. Si la série glane son lot de louanges et autres récompenses (cinq Emmy Awards, pour douze nominations), elle ne remportera jamais tout à fait l'adhésion populaire: la chaîne bloque le compteur à 45 épisodes, aujourd'hui exhumés en deux box DVD par les indispensables profanateurs de sépultures de chez Elephant Films. Concours de beauté squatté par des aliens dégueulasses, échange temporaire d'enveloppe corporelle entre un vieillard aux abois et un kid pepsodent, hommage complètement déconnant aux monster movies de la Universal, The Truman Show avant l'heure autour de l'héroïne non-consentante d'une humiliante saga feuilletonnante... Eighties jusqu'au bout des ongles -et donc plutôt du genre à ne pas trop s'embarrasser de questions de cohérence narrative-, les épisodes, souvent sans fioritures, percutants, et "à chute", font la part belle aux outsiders hauts en couleur. À l'image de ce nerd à peine pubère en quête de la formule magique pour emballer la gueuse, emblématique également d'une volonté prégnante de filmer à hauteur d'enfants, ou d'adolescents. Mais aussi de réenchanter le monde. "Je t'en prie, mon dieu, juste une fois, fais que la vie soit aussi belle que dans un film", implore ainsi le cinéphile hardcore de l'épisode Welcome to My Nightmare. La série prenant évidemment aussi un malin plaisir à pervertir la donne, le rêve se transformant plus souvent qu'à son tour en cauchemar. Sans jamais cesser pour autant de réaffirmer le pouvoir de l'imaginaire -et donc de la fiction. L'ensemble, forcément inégal, offre son lot de véritables petites leçons de storytelling, et même de mise en scène, puisqu'il s'agit ici de répondre formellement à des questions pas forcément piquées des vers. Comment filmer l'arrivée d'un train fantôme, par exemple. Ou donner vie à un jeu de cartes. À l'heure du succès fulgurant d'un plaisir aussi savoureusement régressif que celui offert par la série Stranger Things sur Netflix (lire également pages précédentes), qui a fait du cinéma de genre des années 80 (The Goonies, Firestarter, Stand By Me...) son véritable fonds de commerce, rien d'étonnant bien sûr à voir poindre cette véritable madeleine vintage au rayon DVD. Ni d'ailleurs à apprendre que Bryan Fuller, créateur de séries plutôt enclin à avoir le vent en poupe (Dead Like Me, Pushing Daisies, Hannibal ou la toute récente American Gods), planche actuellement sur une nouvelle volée d'Amazing Stories. Exercice de style compassé surfant sur la vague émoussée de la nostalgie hipsterisante ou nouveau bain de jouvence? La suite au prochain épisode. Histoires fantastiques, intégrales des saisons 1 et 2. Une série NBC créée par Steven Spielberg. Dist: Elephant Films. 7 Texte Nicolas Clément