Du haut du pont Mirabeau, Sacha voit défiler dans les reflets de la Seine sa courte existence faite surtout de posts Instagram, une bulle sociale 2.0 peuplée des influenceuses qui sont pour elle des grandes soeurs toujours disposées à lui conseiller cette petite robe tendance...

Du haut du pont Mirabeau, Sacha voit défiler dans les reflets de la Seine sa courte existence faite surtout de posts Instagram, une bulle sociale 2.0 peuplée des influenceuses qui sont pour elle des grandes soeurs toujours disposées à lui conseiller cette petite robe tendance, ce make-up à la pointe. De leurs clichés en maillot de bain depuis les hôtels de luxe, elles donnent le la du savoir-être à des millions d'adolescents et adolescentes. Mais ce que la jeune fille retrouve, c'est aussi la partie sombre d'un maelström émotionnel créé par Jade, "copine" de classe et membre de cette caste algorithmiquement dorée, véritable marquise de Merteuil de cette revisite des Liaisons dangereuses sur smartphone. De cette inspiration explicite, Éliette Abécassis tire, en flash-back, un vaudeville malsain aux accents de teen movie. En pleine construction de soi, Sacha n'en est pas la seule victime: parents englués dans le conflit avec leur progéniture, jeunes pions du complot (Léo, Valmont de l'affaire) prisonniers d'un monde où l'amitié s'achète à coups de likes. Sa finalité didactique par trop visible, cette pièce sombre sur la dictature du paraître et le harcèlement en ligne ne retient que les aspects négatifs des réseaux sociaux, mais rappelle à juste titre que les drames qui en découlent ne sont en rien virtuels.