En deux saisons, Insecure et sa créatrice Issa Rae ont changé la manière dont se racontent les Afro-Américains à la télé. C'est une question de regard. Plutôt que de voir ses personnages comme autant de fétiches ou de symboles tirés des représentations stéréotypées ou de leur déconstruction, Is...

En deux saisons, Insecure et sa créatrice Issa Rae ont changé la manière dont se racontent les Afro-Américains à la télé. C'est une question de regard. Plutôt que de voir ses personnages comme autant de fétiches ou de symboles tirés des représentations stéréotypées ou de leur déconstruction, Issa Rae leur a donné corps, langage, coeur et vie propres. Les questions liées à la place des hommes et femmes de couleurs en Amérique, un monde de relations (personnelles, amoureuses, professionnelles...) asymétriques et discriminantes, sont rendues avec acuité par un humour déroutant et une réalisation minimaliste. Hilarante et innovante, la série qui a érigé le "Black weird" en new cool a fait le pari de la fragilité, des failles, de la normalité et du décalage plutôt que de la frime, de la fight, du gringue. Le risque était que la quête d'émancipation de son héroïne ne soit labellisée " Sex & the City pour Afros". La troisième saison dissipe à peine ces craintes lorsqu'est abordé, notamment, le thème de la rivalité amoureuse entre deux amies. Mais là encore, l'intelligence d'Issa Rae réside dans sa capacité à enluminer la normalité plutôt que de la singer en dérision douteuse et asservissante. Rythmée par une BO gérée par Solange et Raphael Saadiq, Insecure, même en mode mineur, reste une série épatante, toujours honteusement ignorée par chez nous.