Pendant cinq ans, Dan Deacon s'est montré relativement discret. Agitateur public, performer euphorisant, le souriant barbu binoclard a fait un pas de côté. Il a collaboré avec le chorégraphe résident du NYC Ballet Justin Peck, le Los Angeles Philharmonic et l'orchestre symphonique de Baltimore. Il a également composé pas mal de musique pour des documentaires aux sujets divers. Rat Film se sert des rongeurs pour raconter l'Histoire de Baltimore. Well Groomed s'intéresse au toilettage canin compétitif et créatif. Et Time Trial se penche sur la dernière saison du cycl...

Pendant cinq ans, Dan Deacon s'est montré relativement discret. Agitateur public, performer euphorisant, le souriant barbu binoclard a fait un pas de côté. Il a collaboré avec le chorégraphe résident du NYC Ballet Justin Peck, le Los Angeles Philharmonic et l'orchestre symphonique de Baltimore. Il a également composé pas mal de musique pour des documentaires aux sujets divers. Rat Film se sert des rongeurs pour raconter l'Histoire de Baltimore. Well Groomed s'intéresse au toilettage canin compétitif et créatif. Et Time Trial se penche sur la dernière saison du cycliste écossais David Millar. Voilà donc Deacon de retour sur le devant de la scène. Là où il aime tant passer ses concerts, au milieu de la foule, tel un G.O. dans un club Med où les gamins auraient troqué leurs smarties contre des ecstas. En 2015, avec Gliss Riffer, l'électronicien de Baltimore avait essayé de se relaxer. De se confronter à ses propres anxiétés et incertitudes. Il décrit cette fois Mystic Familiar comme un être surnaturel que nous avons dans la tête, que nous seuls pouvons entendre et avec lequel nous entretenons une conversation éternelle. Un concept autour duquel (pour la première fois dans sa discographie) toutes les chansons de l'album sont d'ailleurs construites. Sur Mystic Familiar, Deacon assume sa folie (ça a toujours été le cas) mais aussi enfin sa voix. Elle n'a sans doute jamais été aussi centrale et naturelle dans ses disques. Généralement tapie dans un déluge électronique bruitiste et survitaminé, elle est ici le ciment de l'album, un élément fondamental d'une odyssée en Technicolor. Un voyage intergalactique et kaléidoscopique qui renvoie à la pop ample et futuriste des Flaming Lips. Pour accoucher de la créature, Deacon a développé de nouvelles méthodes d'écriture basées sur des pratiques thérapeutiques d'autocompassion et de conscience de soi. Des rappels quotidiens aux "stratégies obliques" de Brian Eno. Il s'est aussi intéressé à la méditation. Plus spécialement aux écrits de David Lynch sur la méditation transcendantale ( Catching the Big Fish). Dès le titre d'ouverture, ce Become a Mountain qui fait des bulles, Deacon semble adresser de grands signes à Wayne Coyne, leader des Flaming Lips, par le hublot. Peuplé de personnages et de métaphores hauts en couleur, le vaisseau s'envole pour on ne sait où. Une planète dont Bed Rugs (celui de Hard Fun Grand Design) a signé l'hymne et où l'on danse encore les bras en l'air sur les chansons de MGMT. Même quand la capsule spatiale tombe à l'eau ( Fell Into the Ocean), Dan l'aventurier joue la carte de l'exploration au milieu des hippocampes, des sirènes et des sous-marins colorés. D'ici à ce qu'Elon Musk nous envoie sur la Lune à bord de ses Teslas, D.D. sera une star sur Mars et Jupiter. Embarquement immédiat.