Dans sa chambre d'hôpital, avec en fond sonore une radio qui déverse des nouvelles d'inondations dans le pays et au-delà, un adolescent se dit que " crever de la leucémie à 16 ans, c'était pas le plan A". Si son corps surnage dans ce purgatoire, son esprit imagine autant d'affluents d'une apocalypse aqueuse qui renverserait ce qui l'ent...

Dans sa chambre d'hôpital, avec en fond sonore une radio qui déverse des nouvelles d'inondations dans le pays et au-delà, un adolescent se dit que " crever de la leucémie à 16 ans, c'était pas le plan A". Si son corps surnage dans ce purgatoire, son esprit imagine autant d'affluents d'une apocalypse aqueuse qui renverserait ce qui l'entoure, de ses proches à la planète. Véritablement (é)mus par l'environnement en train de dépérir ou de se modifier, jusqu'au vertige (cette affliction nouvelle qu'on nomme éco-anxiété ou solastalgie), voilà ce qu'ont en commun les protagonistes de ces sept fictions lucides, saisis à des moments de bascule (une grossesse vécue en parallèle de l'extinction des baleines franches dans Couplet, une disparition angoissante des oiseaux dans Générale). Est-il encore temps, comme le suggère Louis dans Feux doux, de rapiécer notre relation au vivant? D'étendre la notion du care bien au-delà de notre biais spéciste? De nous placer sous la houppe généreuse d'un orme tout en nous échinant à le sauver de la graphiose, comme Grand dans Ulmus Americana? " Il faut prendre soin [...]. Prendre soin de tout, en particulier de ce qui est en train de disparaître", même quand " tout ne change jamais que pour le pire" est le message qui se distille ici, quand le silence devient pesant entre les êtres et les coeurs bien trop lourds. Comme les animaux délogés de leurs terriers se relocalisent à proximité des villes, le lecteur qui chavirera face à ce constat déchirant trouvera à son tour refuge dans une langue qui résiste, toujours bourgeonnante et une empathie qui, elle, n'a en rien épuisé sa sève.