Etgar Keret, auteur israélien férocement humain, n'en est plus à son coup d'essai pour nous faire goûter de façon acidulée au genre de la nouvelle. S'il a déjà signé des chroniques lucides et touchantes (7 années de bonheur) ou des scénarios (dont celui, coécrit avec son épouse Shira Geffen, de la série L'Agent immobilie...

Etgar Keret, auteur israélien férocement humain, n'en est plus à son coup d'essai pour nous faire goûter de façon acidulée au genre de la nouvelle. S'il a déjà signé des chroniques lucides et touchantes (7 années de bonheur) ou des scénarios (dont celui, coécrit avec son épouse Shira Geffen, de la série L'Agent immobilier visible sur le site d'Arte), c'est grâce à la forme courte que, sous des dehors facétieux, il fait assurément le mieux grincer les gonds. On fait donc connaissance d'Avri qui se retrouve pris à faire "la claque indignée" au tribunal pour l'une des parties afin d'obtenir de la drogue pour impressionner une conquête... mais toute l'expérience a fait s'évaporer sa légèreté. Dans Concentré de voiture, un homme compte sur sa sculpture de Mustang compressée pour aiguiser les conversations avant qu'on découvre quel macabre secret se dissimule dans cet objet destiné à épater. Dans Tabula Rasa, le pensionnaire d'un singulier institut pour enfants abandonnés découvre qu'il est un clone d'Adolf Hitler éduqué pour venger les victimes de la Shoah. En prestidigitateur habile qui ne montre guère ses ficelles ou s'amuse d'en avoir en poche, Keret retourne les situations de façon absurde ou avec un zeste dosé de fantastique juste avant révélation. Si "la vie est comme une vilaine table basse que les locataires précédents ont laissée dans le salon", il est celui qui, loin d'en arrondir les angles, nous dévoile quels stigmates durables le deuil, les souvenirs ou la solitude laissent en nous.