On l'oublie souvent, mais un bon barman recueille les confidences de ses clients et flaire leurs envies de cocktails au gré de leurs humeurs. VA-11 Hall-A, simulateur de mixologie alcoolisée et cyberpunk, l'évoquait avec talent il y a un an. Brossant lui aussi le portrait d'une société contre-utopique à force de savants mélanges servis à des cadres douteux, TheRed Strings Club pose des questions morales intelligentes, face à une humanité au bord de la métamorphose. Furieusement contemporain dans son propos, ce jeu d'aventure narratif jongle avec l'éthylotest. Loin, très loin de toute philosophie de comptoir.
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On l'oublie souvent, mais un bon barman recueille les confidences de ses clients et flaire leurs envies de cocktails au gré de leurs humeurs. VA-11 Hall-A, simulateur de mixologie alcoolisée et cyberpunk, l'évoquait avec talent il y a un an. Brossant lui aussi le portrait d'une société contre-utopique à force de savants mélanges servis à des cadres douteux, TheRed Strings Club pose des questions morales intelligentes, face à une humanité au bord de la métamorphose. Furieusement contemporain dans son propos, ce jeu d'aventure narratif jongle avec l'éthylotest. Loin, très loin de toute philosophie de comptoir. Deconstructeam avait épaté la galerie indé avec Gods Will Be Watching il y a trois ans. Original, ce survival game aux airs de point & click demandait d'aider les survivants d'un crash à travers leurs dialogues. En empruntant le shaker de VA-11 Hall-A, The Red Strings Club annule malheureusement tout effet de surprise . Mais son récit nuancé colle à l'esprit, même après le générique de fin. Rien de fulgurant ne pointe pourtant de prime abord. La production vénéneuse plonge dans un futur noir où la multinationale Supercontinent projette de lobotomiser la planète via son " Bien-Être Public Généralisé" (BPG). Codé dans un monde où les robots s'humanisent et où l'humanité suit le chemin inverse, ce pitch a priori bateau a l'intelligence de brandir les arguments des deux parties concernées. Donovan, barman dandy (et revendeur d'infos à ses heures), crache sur le BPG qu'il juge déshumanisant. Mais sa relation naissante avec Akara 184, prototype d'androïde doué de raison, met ses convictions à l'épreuve. Le doute s'installe aussi face aux cadres de Supercontinent qu'il sert à son comptoir. Mieux, le débat s'étend à des questions contemporaines. Un fabricant a-t-il le droit de modifier un produit après l'avoir vendu? Supprimer la dépression clinique de notre société va-t-elle forcément la déshumaniser? D'un chef de projet dépassé par une I.A. à une responsable marketing libidineuse, les profils baignant dans les verres du Red Strings Club s'immiscent dans le coeur du gameplay. Le titre indé à l'élégante patine 8 bits s'entrecoupe de petits jeux d'arcade et de réflexion. Objectif: toucher littéralement les sentiments des clients -peur, euphorie, libido, vanité...- pour les faire passer à table. Dans les faits, on mélange des alcools forts dont les quantités versées appuient avec plus ou moins de force les déplacements d'un curseur à poser sur une émotion. Plusieurs subtilités ludiques jouant notamment sur des mouvements à anticiper enrichissent la grammaire de ce mini-jeu. D'un piratage en coups de fil (et fausses voix) à des examens en dix questions sur des dialogues qui viennent d'avoir lieu, une poignée d'autres mini-jeux futés rythment les passionnantes rencontres mises en scène. Cette pièce de théâtre est embrumée par des nappes synthétiques et des cuivres façon Vangelis. Il fait bon se noyer dans le spleen magnifique du Red Strings Club...