Chez Disney, on a le sens de la planification. On voit venir en avance. Très en avance. Pas moins d'une vingtaine de remakes en prises de vue réelle de ses classiques animés sont ainsi déjà prévus au programme des prochaines années! On prend les mêmes et on recommence. Bien sûr, c'est LA tendance du moment: refaire avec des acteurs en chair et en os les films d'animation qui ont fait la gloire du studio et le bonheur de générations entières depuis 1937 et la sortie du premier long métrage maison: Blanche-neige et les sept nains. Huit décennies plus tard sort le nouveau La Belle et la Bête (voir critique page 28),joué par Emma Watson, qui revisite (de près) le dessin animé du même titre produit voici un quart de siècle déjà. L'ont précédé sur le front des remakes en "live action" plusieurs grands succès donnant raison à cette politique désormais prioritaire chez Disney. Et qui opère un renversement créatif total pour une entreprise ayant bâti sa réputation planétaire sur le cinéma d'animation!
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Chez Disney, on a le sens de la planification. On voit venir en avance. Très en avance. Pas moins d'une vingtaine de remakes en prises de vue réelle de ses classiques animés sont ainsi déjà prévus au programme des prochaines années! On prend les mêmes et on recommence. Bien sûr, c'est LA tendance du moment: refaire avec des acteurs en chair et en os les films d'animation qui ont fait la gloire du studio et le bonheur de générations entières depuis 1937 et la sortie du premier long métrage maison: Blanche-neige et les sept nains. Huit décennies plus tard sort le nouveau La Belle et la Bête (voir critique page 28),joué par Emma Watson, qui revisite (de près) le dessin animé du même titre produit voici un quart de siècle déjà. L'ont précédé sur le front des remakes en "live action" plusieurs grands succès donnant raison à cette politique désormais prioritaire chez Disney. Et qui opère un renversement créatif total pour une entreprise ayant bâti sa réputation planétaire sur le cinéma d'animation! En 1996, Les 101 Dalmatiens fut le précurseur, battant les records de recettes pour une sortie le week-end de Thanksgiving avant de finir l'année en tête du box-office des films pour public familial. Mais il fallut attendre 2010 pour voir un remake d'Alice au pays des merveilles naître devant la caméra de Tim Burton. Avec à la clé des revenus de... 1 milliard de dollars pour un budget de 200 millions "seulement". Depuis, les choses s'accélèrent avec notamment Maléfique (pas un remake au sens strict de La Belle au bois dormant, mais tout de même en prise directe avec le dessin animé de 1959) et ses 758 millions de dollars de recette. La formule a bien pris, commercialement parlant. Un spectaculaire Livre de la Jungle sorti l'an dernier l'a confirmé avec son propre "petit" milliard de dollars au box-office mondial. Un mot résume donc l'effet espéré et atteint par le studio: jackpot! Au point de créer comme une déception quand le Cendrillon de Kenneth Branagh, sorti en 2015, ne rapporte "que" 550 millions... L'argent est le nerf de la guerre. Ce n'est pas pour rien que la loi américaine votée par le Congrès en 1998 et portant de 50 à 70 ans la période de protection des droits d'auteur est souvent appelée "loi Disney". Le personnage de Mickey Mouse était sur le point de tomber dans le domaine public et de ne plus générer de royalties. Une bonne opération de lobbyisme plus tard, une "rallonge" de 20 ans venait rassurer l'actionnariat, juste à point nommé. Mais si l'élément financier arrive en tête des enjeux de la vague ininterrompue de ces remakes, d'autres motivations existent aussi dans l'esprit des responsables d'un studio ne cessant de prendre des assurances sur l'avenir (rachats successifs de Pixar, de Marvel et de la franchise Star Wars). Revenir sur les classiques offre la possibilité de creuser la psychologie des personnages, de développer des éléments de récit, d'ajouter de la profondeur comme dans Maléfique où l'image de la "méchante" jouée par Angelina Jolie gagne une complexité inédite. Autre élément d'importance, les progrès de la technologie permettent aujourd'hui d'apporter un réalisme sans précédent à l'action de films pouvant (tel Le Livre de la Jungle) bénéficier d'une imagerie de synthèse stupéfiante de "vérité". De quoi aussi et bien sûr nourrir le constat quelque peu ironique selon lequel les films en prise de vue réelle ressemblent de plus en plus à... de l'animation, tant le nombre de plans réalisés en CGI y est énorme. On est encore heureux, chez Disney, de ne plus devoir comme auparavant se reposer sur de solides partitions musicales, les chansons à potentiel populaire ne constituant plus un élément de base, comme le prouvent là aussi le remake du Livre de la Jungle et même le traitement très peu "Broadway" des scènes musicales de celui de La Belle et la Bête. Est aussi indéniable le souhait du studio d'afficher des préoccupations plus "adultes" en osant un tranchant et même par endroit une violence dont les sujets adaptés en dessin animé (par exemple Le Bossu de Notre-Dame) étaient toujours prudemment expurgés. Enfin, l'opportunité est belle pour Disney de réunir des distributions prestigieuses avec des stars (Johnny Depp, Angelina Jolie, Cate Blanchett, Emma Watson) et des cinéastes de renom (Tim Burton en tête). Sans oublier l'avantage élémentaire de pouvoir exposer la nouvelle génération à ces histoires qui charmèrent tant, dans leur version animée, parents, grands-parents et même arrière-grands-parents... Parmi les nombreux remakes en préparation figurent des classiques absolus comme Dumbo, Pinocchio, Merlin l'Enchanteur et Peter Pan. Winnie l'Ourson et Mulan (belle occasion de développer le gigantesque marché chinois) sont aussi au programme, tout comme un Casse-Noisette tiré de Fantasia. Le délai entre film original et nouvelle version fait l'objet de débat. L'actrice ayant prêté sa voix à La Reine des Neiges, Kristen Bell, s'est par exemple prononcée pour qu'un espace de dix ou quinze ans minimum devienne coutumier. On ne sait si elle sera entendue, la frénésie du remake en prise de vue réelle poussant à un rythme de production élevé. Et dire que bientôt viendra aussi la tentation de refaire une fois de plus les films, en réalité virtuelle cette fois... TEXTE Louis Danvers