Charlie Kaufman s'est imposé, depuis une vingtaine d'années, comme l'une des voix les plus originales et les plus passionnantes du cinéma indépendant américain, signant notamment les scénarios de Being John Malkovich pour Spike Jonze, ou de Human Nature et Eternal Sunshine of the Spotless Mind pour Michel Gondry, et ne laissant à personne d'autre le soin de réaliser Synecdoche, New York puis cet incroyable essai animé que reste Anomalisa. Signe des temps, c'est désormais sur Netflix que l'auteur new-yorkais a trouvé refuge, la plateforme de streaming accueil...

Charlie Kaufman s'est imposé, depuis une vingtaine d'années, comme l'une des voix les plus originales et les plus passionnantes du cinéma indépendant américain, signant notamment les scénarios de Being John Malkovich pour Spike Jonze, ou de Human Nature et Eternal Sunshine of the Spotless Mind pour Michel Gondry, et ne laissant à personne d'autre le soin de réaliser Synecdoche, New York puis cet incroyable essai animé que reste Anomalisa. Signe des temps, c'est désormais sur Netflix que l'auteur new-yorkais a trouvé refuge, la plateforme de streaming accueillant I'm Thinking of Ending Things (Je veux juste en finir), son troisième long métrage, adapté de l'écrivain canadien Iain Reid, et venu mettre un terme à un silence de cinq ans. Les choses y commencent, somme toute, de la plus banale des façons: s'apprêtant à accompagner Jake (Jesse Plemons, opaque), son petit ami rencontré quelques semaines plus tôt, à la ferme familiale pour y être présentée à ses parents, une jeune femme, Lucy (Jessie Buckley, épatante), s'y abandonne à ses pensées. Celles qui donnent son titre au film en l'occurrence, nourries de la conviction que leur histoire ne va nulle part, et venues imprimer une humeur bizarre au périple qui s'annonce, road trip enneigé se chargeant de malaise à mesure que les deux protagonistes s'engagent dans une conversation rythmée par le ballet des essuie-glaces. Et la balade de s'éterniser, tandis qu'aux considérations existentielles s'en greffent d'autres comme à contretemps, plus légères, d'un insert de la comédie musicale Oklahoma à une digression sur le cinéma ( "le mal du siècle"), venues renforcer le sentiment d'étrangeté. Lequel ira croissant lorsque le couple arrive à destination, la rencontre avec les parents (Toni Collette et David Thewlis) se dérobant aux attentes comme aux conventions; jusqu'au temps qui semble la jouer free style, le père et la mère vieillissant ou rajeunissant d'une scène à l'autre, parmi d'autres entorses à la logique qu'accompagnent les réflexions de celle dont on ne sait plus trop, en définitive, si elle s'appelle Lucy... S'il s'inscrit dans la lignée d'une oeuvre cérébrale et aventureuse, I'm Thinking of Ending Things est sans doute aussi le film le plus audacieux et le plus abouti de son auteur. Non content d'y instiller l'angoisse (existentielle ou non) en recourant à des outils et un imaginaire purement cinématographiques, le cinéaste réussit à toucher à quelque chose de sensible en s'insinuant, au gré d'une navigation labyrinthique, dans la peau et l'esprit de ses protagonistes afin de sonder la nature humaine. Jusqu'à, par-delà leur solitude essentielle, dispenser une émotion profonde.