En 1966, Philip K. Dick publie Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques?, qui sera adapté en 1982 par Ridley Scott sous le titre Blade Runner. L'impact sur la culture populaire est colossal. En attestent les adaptations gourmandes de son oeuvre ( Minority Report, Total Recall), et l'événement qu'a constitué la sortie de Blade Runner 2049. Souci de coller à cette actualité cinématographique en mondiovision? Désir de s'installer dans le sillon creusé par la série d'anticipation Black Mirror, couronnée elle aussi de succès et de lauriers tressés par la critique? L...

En 1966, Philip K. Dick publie Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques?, qui sera adapté en 1982 par Ridley Scott sous le titre Blade Runner. L'impact sur la culture populaire est colossal. En attestent les adaptations gourmandes de son oeuvre ( Minority Report, Total Recall), et l'événement qu'a constitué la sortie de Blade Runner 2049. Souci de coller à cette actualité cinématographique en mondiovision? Désir de s'installer dans le sillon creusé par la série d'anticipation Black Mirror, couronnée elle aussi de succès et de lauriers tressés par la critique? Le timing de production de Electric Dreams, cornaqué par Ronald D. Moore et Michael Dinner, laisse comme une odeur d'opportunisme. D'autant que le casting est impressionnant: Bryan Cranston, Steve Buscemi, Sidse Babett Knudsen, Janelle Monáe... et qu'une très grande liberté a été accordée aux deux showrunners rôdés aux machineries imposantes ( Battlestar Galactica, Justified). Au final, un précipité de bonnes et de moins bonnes idées. Les dix épisodes reprennent chacun une histoire courte et moins connue de l'auteur américain, creusant normalité, transhumanisme, rêve, réalité, virtuel, désir et destruction. Les parallèles avec Black Mirror lestent presque machinalement le regard: la série de Channel 4, reprise par Netlfix en 2016, avait inauguré le retour du genre anthologie de science-fiction. Sa dernière saison avait cependant laissé l'impression d'avoir à l'écran une réplique stylisée de notre quotidien fait de parano, de délire technophile et de post-vérité. Electric Dreams demeure dans des énoncés bien plus datés, même si visionnaires. Ainsi l'épisode d'ouverture prend le contre-pied idéal de Black Mirror. Faisant bel usage d'un cadre onirique rigoriste, The Commuter raconte la découverte par un contrôleur d'une ligne de train menant à un village hors de toute réalité et dont la fréquentation va le forcer à réexaminer sa propre vie. Les plans contemplatifs qui scandent les 50 minutes que dure chaque histoire (un format un peu étriqué au regard de la matière littéraire d'origine) font figure d'ADN commun à des épisodes de qualité inégale. Dans The Father Thing, le remarquable Greg Kinnear joue un père dont l'identité est usurpée par un robot alien. Au départ une belle parabole de transmission, le récit se perd en séquences frôlant le grotesque . Crazy Diamond, Human Is et Impossible Planet sont eux de petits bijoux de mise en scène qui permettent à Steve Buscemi, Bryan Cranston et Géraldine Chaplin de déployer une palette inédite. Du bon grain et de l'ivraie, donc, pour conter les racines d'un futur qui n'augure rien de bon. Pas de bonus.