On comprend aisément l'embarras d'Alain D'Hooghe de la box galerie, à Ixelles. Choisissant de donner à voir le travail d'Yvon Lambert (Luxembourg, 1955), il est rapidement mis face à un dilemme. Il le formule de cette façon dans la note d'intention qui éclaire l'accrochage: " Quelle(s) facette(s) montrer, alors que cette oeuvre s'étend sur plusieurs décennies, quelle(s) série(s) privilégier? Noir et blanc ou couleur? Le proche...

On comprend aisément l'embarras d'Alain D'Hooghe de la box galerie, à Ixelles. Choisissant de donner à voir le travail d'Yvon Lambert (Luxembourg, 1955), il est rapidement mis face à un dilemme. Il le formule de cette façon dans la note d'intention qui éclaire l'accrochage: " Quelle(s) facette(s) montrer, alors que cette oeuvre s'étend sur plusieurs décennies, quelle(s) série(s) privilégier? Noir et blanc ou couleur? Le proche ou le lointain? Le familier ou l'exotique? Le connu ou l'inédit?" Voilà typiquement les hésitations qui découlent d'une approche se permettant d'arpenter le monde librement, qui n'a que faire des chapelles, qu'elles soient idéologiques ou esthétiques. Il reste qu'il incombe au galeriste de choisir. Ou pas. Pour tracer sa route, D'Hooghe en appelle à la sagesse seventies de Brian Eno et Peter Schmidt. La carte de la "Stratégie oblique" qu'il tire était sans ambiguïté: " Faced with a choice, do both". Message reçu 5 sur 5, il sera question de tout embrasser. Du coup, c'est à travers une exposition en deux chapitres successifs que le travail du Luxembourgeois s'offrira à Bruxelles. Dans un premier temps, c'est la facture classique qui est convoquée, Koudelka n'est pas loin, celle d'images monochromes empruntées à La Havane ou à Naples. On pense à cette composition, quasi picturale, qui réunit naissance, enfance et vieillesse derrière les vitres humides d'une voiture napolitaine. À partir du 13 juin, place à des univers plus familiers. C'est Ostende, la reine des plages, qui se profile dans l'objectif. La cité balnéaire se révèle à travers le prisme de la couleur et des compositions solides. Lambert capte avec une justesse incroyable la désuétude et la résignation de ce coin de Belgique. Il est question d'une terre vide, fanée, dont les rêves déboulonnés gisent à même le sol. Un temps elle s'est vue grande, certes, mais c'était il y a longtemps. En Italie ou à Cuba, il y a place pour les rêves et les pleurs. Sous nos latitudes, la vie est moins un songe qu'une (mauvaise) farce.