On le sait, les albums de Matthew Herbert ne sont jamais anodins. Chaque fois, le musicien électronique prend soin de proposer, sinon un concept, en tout cas une idée et un fil rouge clair. Cela n'en fait pas forcément des disques compliqués à écouter. Mais ils laissent rarement l'auditeur sans questions, ni réflexions. En 2001, l'album Bodily Functions était basé principalement sur des sons émis par le corps, tandis que Plat du jour (2005) questionnait l'industrie alimentaire, thématique prolongée sur One Pig (2011), suivant le destin d'un cochon, de la naissance à l'assiette. En 2019 encore, épaulé d'un foisonnant big band...

On le sait, les albums de Matthew Herbert ne sont jamais anodins. Chaque fois, le musicien électronique prend soin de proposer, sinon un concept, en tout cas une idée et un fil rouge clair. Cela n'en fait pas forcément des disques compliqués à écouter. Mais ils laissent rarement l'auditeur sans questions, ni réflexions. En 2001, l'album Bodily Functions était basé principalement sur des sons émis par le corps, tandis que Plat du jour (2005) questionnait l'industrie alimentaire, thématique prolongée sur One Pig (2011), suivant le destin d'un cochon, de la naissance à l'assiette. En 2019 encore, épaulé d'un foisonnant big band (plus de 1000 musiciens venant de toute l'Europe), il sortait The State Between Us. Chronique aussi déchirante que délirante du Brexit, le disque incluait notamment le bruit d'un arbre ancien qui tombe, d'une Ford Fiesta défoncée ou des échos du conflit au Yémen... Entre-temps, le divorce a donc bien été acté entre la Grande-Bretagne et l'Union. Surtout, une pandémie est venue appuyer sur d'autres enjeux, encore plus aigus... Ils sont précisément au coeur de Musca, explique l'intéressé. " Pas seulement le Covid, mais aussi la montée de la violence politique, du fascisme facebook-friendly, de la suprématie blanche et de la crise climatique"... Tirant son titre du nom latin de la mouche -la musca domestica, nous informe Wikipedia, est la plus commune des espèces de mouches-, Musca a été enregistré pendant le confinement. Dès les premières secondes, on entend d'ailleurs les pas de Matthew Herbert dans les graviers, rappelant les respirations qu'offraient les balades dans la nature pendant le lockdown. Sont également insérés plus loin dans le disque des sons de la ferme dans laquelle vit le producteur anglais -des aboiements du chien aux glapissements d'un renard. Mais, à vrai dire, on les remarque à peine. Avec Musca, Herbert retourne en effet à ses amours dance. Questionnant l'idée de foyer et de maison, il en profite ainsi pour relancer sa série d'albums... house, entamée avec Around the House (1998). Isolé, Herbert n'a pas pour autant travaillé seul. Il a notamment fait appel à une série de chanteuses, qu'il précise n'avoir jamais rencontrées auparavant -Verushka, Siân Roseanna, Allie Armstrong, Mel Uye-Parker, etc. Comme les autres musiciens invités, chacune a enregistré elle-même sa partie de son côté. Effort à la fois solitaire et collectif, Musca oscille entre house hospitalière et dérivations jazzy. Il est aussi l'un des disques les plus accessibles et engageants d'Herbert. Rappelant ici et là l'électronique mélancolique du Massive Attack de Protection, la musique de Musca parvient surtout à refléter parfaitement ce mélange d'inquiétude et de tranquillité que chacun a pu éprouver pendant les épisodes les plus durs du confinement. Hormis un morceau comme The Slip, instrumental électro-jazz plus accidenté, Musca déplie son spleen avec une chaleur réconfortante (la soul bienveillante de Let Me Sleep, avec Bianca Rose). En toute fin, les cuivres hollywoodiens de Gold Dust veulent même croire à des lendemains meilleurs.