Billy Wilder refusait de descendre ailleurs à Hollywood, offrant même de dormir dans une baignoire un jour où l'hôtel affichait complet. 8221 Sunset Boulevard. Protégé par un muret blanc et des arbres touffus, le Château Marmont, adossé à la colline, surplombant le Strip, enferme comme il peut ses secrets. Ici, le silence, on le veut d'or. Mais si les valets signent des clauses de confidentialité avant de commencer à garer les Ferrari, les Porsche et les Morgan dans lesquelles débarquent les amants ou les scandaleux d'un soir, nombre des histoires marmontesques sont entrées dans le domaine public.
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Billy Wilder refusait de descendre ailleurs à Hollywood, offrant même de dormir dans une baignoire un jour où l'hôtel affichait complet. 8221 Sunset Boulevard. Protégé par un muret blanc et des arbres touffus, le Château Marmont, adossé à la colline, surplombant le Strip, enferme comme il peut ses secrets. Ici, le silence, on le veut d'or. Mais si les valets signent des clauses de confidentialité avant de commencer à garer les Ferrari, les Porsche et les Morgan dans lesquelles débarquent les amants ou les scandaleux d'un soir, nombre des histoires marmontesques sont entrées dans le domaine public. Construit à la fin des années 20 sur le modèle du château d'Amboise dans la Vallée de la Loire, au retour d'un voyage en France, par le richissime avocat local Fred Horowitz, le Château Marmont est parfois présenté comme le Chelsea Hotel californien. Un témoin des excès et des errances du showbiz. Mais en plus romantique. Au départ, Horowitz veut en faire des appartements pour les stars qui déménagent de la côte est sur la côte ouest. Et lors de son inauguration en avril 1929, le bâtiment abrite des résidences de luxe. Loyers hors de prix. Et puis paf, la grande dépression... Les lieux passent dès 1931 entre les mains d'Albert E. Smith, un Anglais fou de cinéma. Comme on paye plus cher à la nuit qu'au mois, Smith transforme le Château en hôtel. " A l'époque, à Los Angeles, ville nouvelle, il n'y avait pas grand-chose avec une histoire, un esprit européen. Le Château avait cette allure, cette classe, ce côté sexy", avance la manager Federica Carrion, pour expliquer l'aura de son établissement. Dans les années 30, 40 et 50, le Marmont est le repère du tout-Hollywood, des grandes icônes du cinéma. Humphrey Bogart aime s'y reposer et y faire du jardinage. Robert Mitchum adore inviter ses amis à des barbecues et les accueillir en tablier. Greta Garbo peut y rester recluse pendant des semaines. Ne sortant même pas de sa chambre pendant des jours. Des tas d'histoires plus invraisemblables les unes que les autres hantent les couloirs du luxueux établissement au look d'un autre temps. Ainsi, quand Elizabeth Taylor sauve la vie de Montgomery Clift en lui ôtant 2 de ses dents qui s'étaient coincées dans sa trachée, c'est un pent-house du Château qu'elle réserve afin qu'il s'y rétablisse. Et quand l'actrice Jean Harlow doit choisir un endroit où passer sa lune de miel avec son troisième mari, Harold Rosson, c'est au Marmont qu'elle décide de se rendre pour l'y tromper tous les jours avec Clark Gable. Howard Hughes, lui, réserve toujours le même appartement avec terrasse et vue sur la piscine. En quête de nouveaux talents, il y observe les filles en maillots de bain avec sa paire de jumelles et invite les plus jolies à venir passer des essais dans sa chambre. Le Château Marmont a toujours été un temple clinquant de la débauche. Le palace doré du péché (The Gilded Palace of Sin), comme chantaient les Flying Burrito Brothers de Gram Parsons qui s'y est longtemps terré et apparaît d'ailleurs dans le hall de l'hôtel sur la pochette de son premier album solo. " Parsons devenant une icône pour les flemmards défoncés au début des années 90, c'est au Marmont qu'Evan Dando tente de se détruire au crack à la fin de l'été 1993. Un hôtel rempli de couloirs et de coins sombres... de grooms philippins, de courtisans vieillissants et de junkies pâles comme des fantômes dans le souvenir de Nik Cohn", raconte Barney Hoskins dans son excitant ouvrage Waiting for the sun, retraçant l'histoire de la musique à Los Angeles. "Au Marmont, tu peux presque être pété en humant les effluves qui s'échappent des serrures", selon Roman Polanski. " C'est ici que John Belushi est mort", remarque notre guide Federica Carrion en indiquant l'un des quelques bungalows, construits plus tard et très prisés par les clients en quête de discrétion, qui jouxtent une petite piscine ovale. On est en février 1982. Robert De Niro et Robin Williams résident à l'hôtel au moment des faits. Le Blues Brother est en plein trip punk. Il veut même faire un film sur le sujet. Quand il s'arrête au Marmont, il traîne avec Cathy Evelyn Smith, ancienne groupie des Rolling Stones, et se démonte pendant 5 jours à la picole, la cocaïne et l'héroïne. Il est retrouvé mort le 5 mars, victime d'une overdose. Smith, qui lui a préparé le cocktail fatal, s'enfuit au Canada avant de se rendre à la justice et d'être condamnée à 3 ans de prison pour homicide involontaire. Mythique, le Château Marmont, c'est à la fois les coups de foudre, les coups d'éclat et les drames. Le glamour, la classe et le mystère. C'est James Dean qui rencontre pour la première fois Natalie Wood en entrant par la fenêtre lors des auditions de la Fureur de vivre. Led Zep qui se promène à moto dans le hall de l'hôtel. Jim Morrison qui perd la huitième de ses 9 vies en tombant d'un toit... " Si vous devez vous attirer des ennuis, faites-le au Château Marmont", conseille un beau jour Harry Cohn, fondateur de Columbia Pictures, à William Holden et Glenn Ford. Aujourd'hui, faut quand même faire attention. En 2007, Britney Spears est temporairement blacklistée pour s'être barbouillé le visage de nourriture à table. Tandis que John Frusciante s'en fait virer après y avoir accordé une interview le décrivant comme un squelette couvert de peau dont le visage et les vêtements sont maculés de bave et de sang. " Ici, j'ai passé des heures à creuser un trou dans la terre, j'étais persuadé qu'il y avait quelque chose d'enterré qu'il fallait que je trouve", racontera-t-il aux Inrocks quelques années plus tard en montrant une petite parcelle de gazon. To be continued, pour reprendre une expression consacrée... l TEXTE JULIEN BROQUET, À LOS ANGELES