Les auteurs allemands ont toujours bénéficié d'une place de choix dans la culture littéraire, des maîtres (Alfred Doblin, Elias Canetti, W.G. Sebald, Robert Walser...) aux écrivains populaires (rares sont les bibliothèques qui n'ont vu passer entre leurs planches ni Le Parfum de Suskind ni Le Liseur de Schlink). Il n'empêche, le roman allemand a longtemps peiné à se défaire de cette image sérieuse et complexe qui lui col...

Les auteurs allemands ont toujours bénéficié d'une place de choix dans la culture littéraire, des maîtres (Alfred Doblin, Elias Canetti, W.G. Sebald, Robert Walser...) aux écrivains populaires (rares sont les bibliothèques qui n'ont vu passer entre leurs planches ni Le Parfum de Suskind ni Le Liseur de Schlink). Il n'empêche, le roman allemand a longtemps peiné à se défaire de cette image sérieuse et complexe qui lui collait aux pages, reflet d'un tempérament ultra cérébral qui désolait déjà Goethe à l'aube du XIXe siècle. Longtemps, on a trouvé dans les romans germaniques ce qu'on savait pouvoir y chercher: une poétique tortueuse et introspective du ressassement, du doute. Une littérature qui a longtemps rebuté les Allemands eux-mêmes, mais qui a désormais trouvé assez naturellement la route de lecteurs en nombre. Y compris et surtout germanophones. Entre-temps, il lui aura fallu lâcher du lest, entre précurseurs mortifiants -qu'écrire encore après Thomas Mann, après Brecht- et indélébiles traces de 2 guerres dont les explorations furent longtemps poings liés à tout projet de fiction. La nouvelle scène allemande, avant tout urbaine et berlinoise, est aujourd'hui entre les mains d'auteurs nés face au Mur, avides de délaisser l'Histoire pour les histoires et de renouer avec des formes plus conventionnelles de récit. Questionnés par des auteurs allochtones ayant pris la saine habitude de ponctionner à la source d'autres littératures, ils injectent à leurs écrits des doses libératrices d'hyperréalisme US, de réalisme magique latino-américain, voire d'autofiction intime à la française. À ces aspects s'ajoutent un circuit d'édition bien huilé et secoué par les audaces de maisons encore indépendantes, ainsi qu'une professionnalisation du milieu littéraire, doté d'initiatives d'autocélébration qui moussent. Car même si le Nobel de littérature tombe tous les 5 ans dans l'escarcelle d'un auteur germanophone -Gunter Grass (1999), Elfriede Jelinek (2004), Herta Muller (2009)-, il semble bien que, plus près du sol, le Deutscher Buchpreis (Prix du meilleur livre allemand) participe pour beaucoup à dégager la vue sur cette nouvelle littérature. Avec des lauréats systématiquement traduits, le prix est en quelques années devenu le meilleur passeport de sa littérature. Dans et hors les murs. l Y.P.