From the New World
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From the New World YANG YONGLIANG, GALERIE PARIS-BEIJING, 66, RUE HÔTEL DES MONNAIES, À 1000 BRUXELLES. DU 15/01 AU 07/03. 8 On sait la Chine déchirée entre tradition et modernité. Plus exactement, on sait la tradition chinoise chaque jour un peu plus broyée par les pelleteuses des lendemains globalisés qui chantent. Cette situation a un impact puissant sur l'imaginaire artistique local. Que l'on songe aux Turbid Landscapes de Zhu Xinyu (toiles dans lesquelles le végétal part à la conquête du béton) ou encore aux images de Li Wei (qui témoignent d'un même dur désir de quitter la scène d'un pays qui oublie ses racines): il n'est pas besoin d'entreprendre une étude comparative approfondie pour mesurer à quel point se joue là un enjeu crucial. Si cette problématique d'une nation en plein bouleversement hante les artistes chinois, elle n'a jamais, à nos yeux, été aussi finement abordée que par Yang Yongliang. Né en 1980 à Shanghai, cet artiste polymathe -il est à la fois photographe, peintre, vidéaste et plasticien- a trouvé la forme juste pour rendre compte des tensions entre la nature et la ville d'une façon qui n'est pas manichéenne. Lors des Rencontres d'Arles en 2009, Yongliang s'était déjà exprimé sur le sujet: "La ville, le paysage, je les aime et les hais en même temps. Si j'aime la ville pour son côté familier, je déteste d'autant plus la rapidité stupéfiante à laquelle elle grossit et englobe l'environnement. Si j'aime l'art traditionnel chinois pour sa profondeur et son caractère inclusif, je hais son attitude rétrograde. Les anciens exprimaient leur appréciation et leurs sentiments envers la nature à travers des peintures de paysages. Pour ma part, mon propre paysage sert à critiquer la réalité telle que je la vois." Cette profession de foi résume admirablement la sensibilité complexe d'un regard posé sur un monde qui change. La série From the New World se donne de deux façons différentes au spectateur. Vu de loin, il s'agit d'un paysage chinois traditionnel comme on peut se l'imaginer. Cet effet, légèrement brumeux, Yongliang le maîtrise à la perfection. Normal: pendant dix ans, il a étudié la peinture chinoise et la calligraphie. Raison pour laquelle il est aussi à l'aise avec l'esthétique "shanshui" (du nom de cette pratique picturale et calligraphique centrée sur le rapport montagne-eau). Tant que l'oeil est à distance, l'illusion fonctionne parfaitement, baignant le visiteur dans un cocon visuel rétrograde. De près, les choses se corsent. Force est de quitter sa zone de confort pour se confronter à la réalité de l'image. Le voile de l'illusion est levé: à force de métamorphoses numériques, Yang Yongliang transforme sa matière photographique première, soit des éléments urbains reprenant des grues, des pylônes électriques, des immeubles ou de vulgaires voitures, en des compositions aux allures d'édens immuables. Jamais, pour citer Emile Verhaeren, la ville ne se sera montrée aussi tentaculaire, jamais elle n'aura manié avec tant de maîtrise l'oxymoron contenu dans la formule de l'"horrible charme" pointé par le théoricien de l'image Gu Zheng. WWW.GALERIEPARISBEIJING.COM MICHEL VERLINDEN