Il est toujours compliqué de présager ce qu'un artiste lèguera à la postérité. De Holy Fuck, l'Histoire retiendra probablement un énorme single, Lovely Allen, sorti en 2007. Un groupe qui créait de la musique électronique moderne sans en utiliser les techniques et parvenait à se placer dans Breaking Bad et Mr. Robot. Des zozos qui fabriquaient leurs chansons avec un synchroniseur de films 35 mm, des claviers Bontempi chinés sur les brocantes pour enfants et des pistolets laser Star Wars...
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Il est toujours compliqué de présager ce qu'un artiste lèguera à la postérité. De Holy Fuck, l'Histoire retiendra probablement un énorme single, Lovely Allen, sorti en 2007. Un groupe qui créait de la musique électronique moderne sans en utiliser les techniques et parvenait à se placer dans Breaking Bad et Mr. Robot. Des zozos qui fabriquaient leurs chansons avec un synchroniseur de films 35 mm, des claviers Bontempi chinés sur les brocantes pour enfants et des pistolets laser Star Wars... Pas particulièrement prolifiques, les Canadiens étaient ces dernières années quelque peu rentrés dans le rang et avaient même quasiment disparu des radars. Quatre ans après Congrats, passé relativement inaperçu, le groupe originaire d'un bled près de Toronto peuplé par les pêcheurs et les bien-pensants renaît avec Deleter. Pour l'un de ses deux fondateurs, Brian Borcherdt, ce nouvel album, le cinquième, est une tentative de faire la paix avec la dance music qui était populaire durant son adolescence. Du temps où il préférait écouter Black Sabbath... Et le résultat tient davantage de la célébration que du simple armistice. Un peu comme Battles, Holy Fuck, désireux d'élargir le spectre, s'en est allé chercher des voix et il n'a pas embauché les premiers venus pour venir pousser la chansonnette. Sur Luxe, le morceau d'ouverture et premier single extrait de l'album qui est né d'une improvisation lors d'un concert au Luxembourg et rappelle autant leur invité que Caribou, les Canadiens ont convié Alexis Taylor. Le petit chanteur binoclard de Hot Chip. Sur la meilleure chanson de l'album, qui lui a donné son titre et semble emprunter au Block Rockin' Beats des Chemical Brothers et au Temptation de New Order, Borcherdt et ses potes ont enrôlé Angus Andrew, le grand échalas désormais seul à la tête des Liars. Et sur Free Gloss, plaisir hédoniste et euphorisant, ils ont embauché le lead singer de Pond et ancien membre de Tame Impala Nicholas Allbrook. On ne va pas se mentir, ce sont les grands moments de ce disque en neuf actes fabriqué dans des studios de Brooklyn et des Catskills, l'Ontario rural et la Nouvelle-Écosse. Mais Deleter tient globalement bien la route. Une route qui mène sur le dancefloor en empruntant des chemins vallonnés et sinueux. Near Mint joue pendant six minutes avec l'énergie répétitive du krautrock (avec des plans à la Jean-Michel Jarre). L'expéditif No Error se pose comme le seul titre instrumental du disque. Et San Sebastian sonne comme une incantation désespérée et rageuse dans un monde apocalyptique. Il y a dans ce disque l'esprit de tous ceux (de LCD Soundsytem à Chk Chk Chk en passant par The Rapture) qui depuis 20 ans ont décidé de donner chair aux musiques qui font danser. Human after all...