1940. Première conscription en temps de paix de l'Histoire des Etats-Unis. 900 000 hommes sont sélectionnés par tirage au sort pour effectuer un service militaire d'un an. Parmi eux James Stewart. Fraîchement oscarisé, l'acteur vedette de Mr Smith au sénat et d'Indiscrétions se fait recaler, trop frêle, mais décide de suivre un régime pour prendre du poids et pouvoir servir le pays. Il abandonne ses 5000 dollars par semaine pour les 23 dollars par mois de l'Oncle Sam. Il n'est pas le seul: au final, 1500 acteurs parmi lesquels quelques autres vedettes de premier plan (Henry Fonda, Robert Taylor, Clark Gable...) interrompront leur carrière et mettront un point d'honneur à revêtir l'uniforme.
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1940. Première conscription en temps de paix de l'Histoire des Etats-Unis. 900 000 hommes sont sélectionnés par tirage au sort pour effectuer un service militaire d'un an. Parmi eux James Stewart. Fraîchement oscarisé, l'acteur vedette de Mr Smith au sénat et d'Indiscrétions se fait recaler, trop frêle, mais décide de suivre un régime pour prendre du poids et pouvoir servir le pays. Il abandonne ses 5000 dollars par semaine pour les 23 dollars par mois de l'Oncle Sam. Il n'est pas le seul: au final, 1500 acteurs parmi lesquels quelques autres vedettes de premier plan (Henry Fonda, Robert Taylor, Clark Gable...) interrompront leur carrière et mettront un point d'honneur à revêtir l'uniforme. "Ça n'arrangeait ni les studios ni le gouvernement, nous explique Michel Viotte. Si James Stewart était mort au front, ça aurait fait perdre beaucoup d'argent aux premiers et été une sérieuse contre-publicité pour le deuxième. Au début, ils ont essayé de le cantonner comme d'autres acteurs loin du danger mais au final il a fait une guerre exemplaire. C'était impossible et impensable pour lui de ne pas en être." Particulièrement familier de la culture et du cinéma américains, réalisateur d'une quarantaine de documentaires (Jack Kerouac, un rêve américain au temps d'Hiroshima, De Superman à Spider-Man: l'aventure des super-héros ou encore Jean Gabin, gueule d'amour... ), Michel Viotte vient de signer La Guerre d'Hollywood 1939-1945: L'Usine à rêve face à la Seconde Guerre mondiale. Une fresque contée par Philippe Torreton et diffusée en deux parties les 13 (Unis sous le drapeau) et 20 (Sur tous les fronts) décembre en fin de soirée sur France 3. Le Français publie parallèlement un livre consacré au même sujet, sous-titré Propagande, patriotisme et cinéma. Résultat d'un travail titanesque -deux ans de visionnage de films et de fouilles "archéologiques" dans les archives publiques et privées de l'usine à rêves-, La Guerre d'Hollywood raconte sous toutes ses coutures une mobilisation unique dans l'Histoire du cinéma et jette un autre regard sur la Seconde Guerre mondiale. Au début, certains studios se plient aux lois anti-juives de l'Allemagne, se séparent de leurs collaborateurs juifs employés dans les bureaux allemands pour éviter de froisser et de perdre un juteux marché. Gyssling, consul allemand à Los Angeles, veille et parviendra même à empêcher le tournage de films hostiles au régime, comme Le Chien fou d'Europe.Mais boostés par le président Roosevelt en personne, les studios hollywoodiens produiront en six ans des milliers de films (fictions, documentaires et dessins animés) pour motiver l'engagement des nouvelles recrues, assurer la formation des troupes (certains films apprennent même comment survivre en milieu hostile après un crash, comme Amerrir et survivre, en 1944) et dénoncer l'idéologie nazie... En gros répondre au mieux aux besoins de communication du gouvernement... On parle d'un temps où chanter et danser en uniforme est la chose la plus naturelle qui soit. Plus d'un tiers des films hollywoodiens sortis entre 1939 et 1945 font référence au conflit. S'ils donnent aux familles le sentiment de participer au combat, on y parle évidemment peu ou pas des souffrances du soldat et on glorifie les actes d'héroïsme. Chaque victoire fait l'objet d'un voire de plusieurs films. Tandis qu'Errol Flynn et John Wayne incarnent chacun à leur façon le héros de la Seconde Guerre mondiale, que John Ford filme la bataille de Midway et John Huston la progression de l'infanterie en Italie, les stars au féminin d'Hollywood invitent les Américaines à se séparer de leurs bas de soie pour construire des toiles de parachutes et des sacs de poudre. "Je suis à la fois critique et admiratif devant la puissance du sentiment patriotique et de la machine de propagande américains, reprend Viotte. La pensée unique est quelque chose de terrible évidemment mais heureusement que cette mobilisation a eu lieu, non?" Si la propagande audiovisuelle est toujours déterminante aujourd'hui, le monde a changé. "Le film historique et de guerre a sensiblement évolué après le Vietnam. Il a été influencé par la contre-culture et le postmodernisme. Les réalisateurs et les acteurs sont devenus plus indépendants intellectuellement. Puis les spectateurs davantage aptes à décoder ce qu'on leur met sous les yeux. D'un autre côté, nous ne voyons plus d'images des conflits comme c'était le cas dans le temps, même si elles étaient manipulées. L'armée verrouille la communication. Les correspondants n'ont plus trop le droit de cité." Il subsiste d'ailleurs clairement des liens entre l'armée américaine et Hollywood. "Quand on veut faire un film de guerre, on a besoin de tanks, d'avions, d'hélicoptères, de sous-marins... Il faut de gros moyens. Le Pentagone est disposé à vous aider mais à condition de lui soumettre votre scénario. Et éventuellement d'y opérer quelques ajustements. Top Gun, qui donnait une image sexy de l'armée, a par exemple bénéficié de son aide. Mais pas Apocalypse Now, dont les hélicos américains venaient des Philippines..." Faites des films, pas la guerre. LA GUERRE D'HOLLYWOOD 1939-1945, ÉDITIONS DE LA MARTINIÈRE, 232 PAGES. LA GUERRE D'HOLLYWOOD 1939-1945. UNIS SOUS LE DRAPEAU, LE 13/12 À 23H15 ET SUR TOUS LES FRONTS LE 20/12 À 23.35 SUR FRANCE 3. SORTIE DVD LE 14/9 TEXTE Julien Broquet