Où il est à nouveau question de la Hongrie. Cette fois, c'est d'un pays sentimentalement indexé à la question de la mémoire dont il s'agit. C'est que pour Patrick Galbats, ce territoire est avant tout celui dont provient Miklos Galbats, le grand-père paternel qu'il n'a jamais connu. Quoi de plus magnétique qu'une ascendance, investie de tous les fantasmes, comme celle-là? C'est à la fois ...

Où il est à nouveau question de la Hongrie. Cette fois, c'est d'un pays sentimentalement indexé à la question de la mémoire dont il s'agit. C'est que pour Patrick Galbats, ce territoire est avant tout celui dont provient Miklos Galbats, le grand-père paternel qu'il n'a jamais connu. Quoi de plus magnétique qu'une ascendance, investie de tous les fantasmes, comme celle-là? C'est à la fois inquiétant et rassurant d'avoir un morceau de son histoire personnelle qui traîne ailleurs. Impossible de résister à cet appel pour le photographe qui s'est rendu sur place et nous révèle les images de son périple selon un accrochage très habile faisant varier les formats, les épaisseurs et les tonalités. Dès l'entrée, le visiteur est happé par une prise de vue révélatrice restituant les jambes de béton du célèbre hussard Miska. À Pákozd, quelque part entre Budapest et le lac Balaton, cette statue énorme domine le paysage de ses treize mètres de haut. Difficile de mieux donner à sentir tout le désir de grandeur d'une nation qui honore ainsi " une des rares victoires magyares dans un amas de déconvenues" comme l'écrit l'intéressé. Grandeur certes mais aussi repli sur soi -Galbats ne cache rien du dispositif anti-migrants mis en place par Viktor Orban- et aussi goût sadomasochiste qui est peut-être celui des laissés-pour-compte de l'Histoire -on pense à ce jeune homme rasé dont le torse tatoué donne son titre à l'exposition. Le tout constitue le portrait chinois, brillamment nourri aux symboles, d'un pays complexe aussi fascinant que méconnu dont le destin incarne toute l'ambiguïté du projet européen. À ce titre, pas de hasard au fait que Patrick Galbats ait retenu, parmi les différents clichés présentés, l'image d'un drapeau de l'Union enroulé autour de lui-même. Comme en berne, l'étendard dit mieux que quoi que ce soit la déception liée aux idéaux reniés.