Éditeur joyeusement hétéroclite, Elephant Films dépoussière cinq comédies des années 80 et 90 dont les bandes VHS ont été usées jusqu'à la corde à l'époque mais n'ont pas toujours bien résisté à l'épreuve du temps. C'est le cas, par exemple, du Secret de mon succès (1987), avec Michael J. Fox. Sorti entre les deux premiers Retour vers le futur, ce teen movie empreint de reaganisme décomplexé chronique l'irrésistible ascension d'un jeune provincial parti conquérir New York, des rêves d'argent et de filles faciles plein la tête. S'appuyant sur des ressorts de vaudeville, mais surtout sur le charme d'éternel ado à...

Éditeur joyeusement hétéroclite, Elephant Films dépoussière cinq comédies des années 80 et 90 dont les bandes VHS ont été usées jusqu'à la corde à l'époque mais n'ont pas toujours bien résisté à l'épreuve du temps. C'est le cas, par exemple, du Secret de mon succès (1987), avec Michael J. Fox. Sorti entre les deux premiers Retour vers le futur, ce teen movie empreint de reaganisme décomplexé chronique l'irrésistible ascension d'un jeune provincial parti conquérir New York, des rêves d'argent et de filles faciles plein la tête. S'appuyant sur des ressorts de vaudeville, mais surtout sur le charme d'éternel ado à la coolitude clinquante de son acteur principal, le film donne dans une érotisation assez problématique de la richesse et du succès. Derrière le plaisir bien réel, même si quelque peu faisandé, de la comédie, une glorification peu défendable du modèle ultracapitaliste de la réussite phallocentrée. L'enjeu de Jumeaux (1988), avec Arnold Schwarzenegger et Danny DeVito, est tout autre, puisque le film ouvrait une voie nouvelle -celle de la comédie familiale- pour les gros bras du cinéma d'action des années 80. Noyauté autour de deux frères que tout oppose, ce véritable carton du box-office à la dispensable sous-intrigue criminelle se montre peu avare en matière de caricature, mais fonctionne grâce au dispositif burlesque des corps dépareillés qui se répondent par une espèce de mimétisme génétique. Six ans plus tard, Schwarzenegger et DeVito reconduisent une semblable dynamique, toujours sous la direction d'Ivan Reitman, dans Junior (1994), qui reprend sur un mode gentiment lourdingue le concept d'homme enceint imaginé par Jacques Demy dans L'événement le plus important depuis que l'homme a marché sur la Lune. Entre ces deux films avec Schwarzy, son plus grand rival, Sylvester Stallone, s'est lui aussi mis en tête de faire rire avec Arrête ou ma mère va tirer! (1992). Flanqué d'une maman gâteau qui semble n'exister que pour lui mettre la honte, il y casse sans conviction son image de Monsieur Muscles dans un mélange d'humour et d'action prévisible. Des cinq comédies rééditées, Ralph Super King (1991) reste, au fond, la plus attachante. John Goodman y incarne un Américain moyen catapulté sur le trône d'Angleterre à la suite d'une tragédie loufoque. Constamment rattrapé par sa nature prolétaire, il ne parvient pas à se faire aux usages guindés de la vie de château. Pour une espèce de conte de fées inversé qui prend un malin plaisir à jouer sur les stéréotypes culturels mais aussi sur l'idée même de normalité. Comme chacun des cinq films, il s'accompagne en bonus d'un décryptage analytique qui prend soin de replacer l'oeuvre dans son contexte.