Le meilleur concert hip-hop jamais vu à Couleur Café, voire en Belgique? En 2013, Mos Def/Yasiin Bey se produit sous chapiteau à Tour & Taxis accompagné du Robert Glasper Band, formation électrique US emmenée par un pianiste texan black du même nom. Une explosion de couleurs rap/jazz. Assez loin de l'habituel costard numérique/DJ, voilà de l'organique qui sert formidablement les mots. Même si ces derniers sont absents de l'album de Jahari Massamba Unit, le lien entre la planète charnelle filant à CC cet été-là et le présent est bien là. Ne fût-ce que p...

Le meilleur concert hip-hop jamais vu à Couleur Café, voire en Belgique? En 2013, Mos Def/Yasiin Bey se produit sous chapiteau à Tour & Taxis accompagné du Robert Glasper Band, formation électrique US emmenée par un pianiste texan black du même nom. Une explosion de couleurs rap/jazz. Assez loin de l'habituel costard numérique/DJ, voilà de l'organique qui sert formidablement les mots. Même si ces derniers sont absents de l'album de Jahari Massamba Unit, le lien entre la planète charnelle filant à CC cet été-là et le présent est bien là. Ne fût-ce que parce que la moitié de Jahari Massamba Unit, le batteur Karriem Riggins, a longtemps joué avec Robert Glasper tout en fonctionnant comme producteur. Dans un esprit partagé avec le compagnon discographique de ce duo, Madlib se charge de tous les instruments hormis les drums. Cette paire-là fonce dans un no man's land où les déjà vieux cousins -le jazz et le hip-hop- convoquent aussi des breakbeats, des pulsions issues de l'antique jungle voire de la house et, last but not least, d'une poussée d'underground ravageur. Avec le genre de sonorité qui se fout un peu du 5.1 tout en fabriquant de la stéréo -et plus- intégralement contemporaine. Le truc des chimistes Riggins et Madlib consiste à construire l'essentiel d'un sentiment libertaire. Si la confrontation-fusion des formats musicaux représente une quasi-banalité dans l'actuelle production musicale mondiale, la paire en tire quelque chose d'unique, une zone insulaire. Et c'est là que ça devient éventuellement intéressant. Comment? Par la musique intégralement instrumentale -à l'exception de l'un ou l'autre court spoken word- et une projection conceptuelle zarbi. Si Jahari Massamba Unit construit une vision rétrofuturiste et dystopique de l'excellence black sonore, le duo s'ancre dans une réalité titrée comme du... pinard frenchie sublimé. Distanciation arty qui fonctionne au-delà des étiquettes (y compris de bouteilles) habituelles. Ce qui distingue cet album de la masse discographique actuelle, c'est bien son sens intime de la fuite, du puzzle, d'un dédale composé entre le son 2021 et l'antiquité européenne des vignes. Le tout, boosté par un drôle de truc, pas si fréquent dans le champ des musiques black actuelles: tenter de joindre le plaisir à une formule qui délaisse l'immédiateté. Donc, ces deux ricains doivent normalement se gondoler en relisant les titres de leur album: Un bordeaux pré-phylloxéra (pour le riche enculé), Riesling pour Robert, Inestimable Le Clos et peut-être le meilleur coup de coude sémantique, Je prendrai le romanée-conti (putain de Leroy). Si on croise les zigues, oui, on leur demandera quelques éclaircissements. En attendant, à la bonne santé de 2021!