Mr. Robot (saison 1)
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Mr. Robot (saison 1) UNE SÉRIE USA NETWORK CRÉÉE PAR SAM ESMAIL. AVEC RAMI MALEK, CHRISTIAN SLATER, PORTIA DOUBLEDAY. DIST: UNIVERSAL. 8 La saison 2 de Mr. Robot, qui finit de s'écouler sur USA Network cet été, peine un peu à maintenir le niveau. Frustrant. Frustrant parce que la première saison de cette série sortie de l'imagination du quasi débutant Sam Esmail avait marqué les esprits. Et pas qu'un peu. Mais logique aussi, tant les failles mentales du héros, Elliot, appelaient forcément à davantage de distorsions entre fantasmes et réalité, au risque de nous perdre un peu sur la route... Elliot, justement, est un garçon étrange. Taiseux, les yeux globuleux, quasi fantomatique. La journée, il travaille dans une entreprise spécialisée dans la sécurité informatique. Laquelle s'occupe notamment de rassurer la diabolique E-Corp, tentaculaire holding aux ramifications aussi éparses qu'inquiétantes, contre les attaques qu'elle risque de subir. La nuit, Elliot se transforme en redresseur de torts, sorte de cyber-super-héros en capuche noire, qui révèle les petits secrets dégoûtants qu'il peut débusquer. Rapidement, le jeune homme va être contacté par une société secrète, version plus ou moins radicale et anarchiste d'Anonymous, dirigée par l'énigmatique Mr. Robot. La cible? E-Corp évidemment, avec, par extension, l'idée de faire imploser la société capitaliste pour redistribuer aux gens ce qui leur revient... Souvent, quand le hacking est traité sur un écran, grand ou petit d'ailleurs, on a droit aux mêmes images d'Epinal, celles de geeks hystériques tapant comme des possédés sur un clavier qui pond d'infinies lignes de codes. On se rappelle que le grand Michael Mann en personne s'était cassé les dents sur l'écran d'un ordinateur avec son Blackhat et que les séries qui s'y sont frottées n'ont pas réussi à passer l'écueil du ridicule. Malin, Sam Esmail prend le pari d'un plus grand réalisme dans l'approche. On ne "cracke" pas le site du FBI en 30 secondes, dans la vraie vie... Par-delà cette bonne intuition, le jeune scénariste joue juste en insufflant une ambiance crépusculaire de fin de capitalisme à son dispositif esthétique. Sombre, son héros semble dé- sabusé, en proie à cette schizophrénie qui tiraille l'Occident: à cet égard, Esmail trouve en Rami Malek (The Master, Old Boy...) un interprète phénoménal de magnétisme bizarre, à la fois innocent et malsain, en tout cas complètement hypnotique. A ses côtés, dans le rôle de Mr. Robot, on retrouve un Christian Slater étonnant: habitué des (très) mauvais choix ces dernières années, l'ancien golden boy d'Hollywood était un pari osé... mais réussi. Au fil des entretiens très dark -ou plutôt lucides?- entre Elliot et sa psy, la série saupoudre son ADN cyber-thriller et fiction complotiste de considérations philosophico-sociétales du meilleur effet. Pas toujours simple d'accès, soyons honnêtes, Mr. Robot n'en dégage pas moins un petit parfum contestataire 3.0, à l'heure où la révolution, quelle qu'elle soit, ne peut plus ignorer l'impact des ordinateurs. Jouissif. GUY VERSTRAETEN