1 "Michel Lambot (co-patron de Pias) en 1982: c'est un fou, un punk, mais dans le bon sens du terme. Un explorateur impressionnant d'intelligence: il avait créé Sandwich Records, le 1er label indépendant belge, et payé l'enregistrement du 1er album de Polyphonic Size avec Jean-Jacques Burnel. Je lui ai prêté 20 000 francs (500 euros) pour le pressage du disque qu'on est allés vendre dans sa vieille VW pourrie, de magasin en magasin, sur les routes de Flandres, de Wallonie et de Bruxelles."
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1 "Michel Lambot (co-patron de Pias) en 1982: c'est un fou, un punk, mais dans le bon sens du terme. Un explorateur impressionnant d'intelligence: il avait créé Sandwich Records, le 1er label indépendant belge, et payé l'enregistrement du 1er album de Polyphonic Size avec Jean-Jacques Burnel. Je lui ai prêté 20 000 francs (500 euros) pour le pressage du disque qu'on est allés vendre dans sa vieille VW pourrie, de magasin en magasin, sur les routes de Flandres, de Wallonie et de Bruxelles." 2 "Daniel Darc en 1986: c'est l'une des toutes 1res productions de Pias, Sous influence divine, et ma vraie rencontre avec le rock'n'roll. A l'époque, le producteur artistique, Jacno, me jure qu'il a décroché de l'héroïne et qu'il fera en sorte que Daniel décroche aussi. Pour compenser, il faut acheter du vin rouge, donc chaque matin, je vais chercher une douzaine de bouteilles (...) de Côtes du Rhone. Un jour, sous prétexte de me montrer un texte, Daniel m'emmène et me demande de lui faire un garrot dans les wc du Studio Pyramide. Si j'avais dû parier sur sa survie, je ne l'aurais pas fait." 3 "Front 242 en 1987: l'album qu'on fait ensemble, Front By Front (1988), reste leur référence et c'est l'époque où ils tournent en 1re partie de Depeche Mode. On m'appelle à 4 heures du matin pour me dire que Jean-Luc (le chanteur) a disparu en Allemagne, suite à une engueulade avec Richard, je le récupère à Bruxelles et le convaincs de réintégrer Front. Je fais 6 heures de route pour le reconduire à Francfort où il arrive un quart d'heure avant le concert, l'ambiance est très électrique... Les 1ers Belges à faire une carrière internationale." 4 "La New Beat, le Boccaccio en 1987: après l'explosion de la musique électronique belge, de Front à Grumh, Split Second ou Neon Judgement, cela se tarit un peu et des producteurs se mettent à sortir une musique sombre, instrumentale et a priori underground, la New Beat. Des milliers de maxis circulent et Pias est en plein centre du mouvement avec le Boccaccio, une boîte près de Gand: cela dure 3 ans. Par après, ce sera récupéré, notamment par le Balearic House anglais." 5 "Martin Gore en 1992: on signe Depeche Mode et l'album Songs Of Faith And Devotion pour le Benelux. Je passe une nuit entière avec lui et il m'explique que son père est noir, qu'il est allé à sa rencontre en Amérique, qu'il a trouvé un homme tatoué comme lui et que cela explique son amour génétique pour la musique US. La boucle est bouclée: j'avais commencé comme fan de labels anglais -Factory, 4AD, Mute- et je travaille avec mes idoles, j'ai l'impression d'avoir à nouveau 15 ans..." 6 "Les frères Dewaele en 1992: je vois un type qui joue de l'orgue Hammond en 1re partie d'Urban Dance Squad, on signe. Quand on enregistre le 1er album à Los Angeles, les frères sont trop jeunes pour entrer dans les bars! Ils représentent la musique éclectique que défend Pias, Soulwax basculant dans l'électro avec 2 Many DJ's il y a exactement 10 ans. Ils veulent toujours sortir des sentiers battus, faire quelque chose de nouveau. Ils s'autocensurent énormément: j'aimerais être un hacker et aller visiter leurs ordis pour écouter leurs inédits. Ils n'ont fait que 5 albums en 20 ans, preuve que les Flamands sont fainéants ( rires)." 7 "Moby en 1998: à l'époque de Play qu'on signe pour le Benelux, il vient manger chez moi et je lui prépare une quinzaine de plats végétaliens, la cuisine étant mon autre passion. Je m'étais donné cela comme challenge: le Belge sous-estime son sens de l'hospitalité, mais le plaisir de la table induit un autre type de rapport, drôle et simple. Le fait d'être britannique (né à Ixelles en 1963) m'a beaucoup aidé, surtout au début. Avoir un parler anglais correct, également..." 8 "Miossec en 1994: je reçois une cassette démo et on fait un 1er album qui se vendra à 250 000 exemplaires! J'ai l'impression d'avoir un grand écrivain entre les mains: dès qu'il a eu du succès, il a été bombardé de propositions de multinationales mais est toujours resté loyal à Pias! Il est attaché émotionnellement au label, c'est pour cela que je veux le mettre dans les Pias Nites. Il ne boit plus et est très généreux, son dernier album va atteindre les 50 000 en France, ce qui est bien. Je pense qu'il va devenir un Ferré." 9 "Agnes Obel en 2009: elle me fait un concert privé dans l'arrière-salle d'un bar en Allemagne, on est 4 ou 5 devant cette fille et son piano électrique. Je me sens désolé de la mettre dans cette situation mais je trouve d'emblée qu'elle a un vrai talent, beaucoup d'émotion. Il faut être extrêmement professionnelle pour faire cela. Aujourd'hui, on en reparle en rigolant devant les disques d'or et ses ventes de 300 000 exemplaires à l'international. Je suis très confiant pour le second album qui devrait sortir fin 2012..." 10 "Daan en 2012: il a quand même fait 3 disques de platine de suite en Belgique et on essaie de le lancer en France, où il vient de faire Le pont des artistes sur France-Inter, tournant aussi en solo avant Obel. Son côté euro-dance ne peut être compris que si on intègre son personnage et l'humour belge. Là il fait le crooner et c'est quelqu'un qui rencontre vraiment la Belgique puisqu'il est flamand francophile. Daan est cultivé et talentueux, extrêmement attachant. Il va avoir une longue carrière et nous avec lui, je l'espère..." l RENCONTRE PHILIPPE CORNET