Il était l'un des invités vedettes de la troisième édition du festival Séries Mania, la semaine dernière, à Paris. Dans la file, impressionnante, pour assister à une rencontre publique avec Dominic West, une jeune fille s'exclamait d'ailleurs: " Je n'avais plus vu autant de monde au cinéma depuis Titanic !" Plus que West, c'est McNulty que la foule venait voir, le personnage principal de la meilleure série de l'Histoire de la télé, The Wire. Entre théâtre et cinéma, Dominic West est aujourd'hui de retour au petit écran dans une formidable production BBC, The Hour, où il incarne un présentateur télé pataud sur plateau, séducteur en coulisses, sur fond de crise du canal de Suez. Il nous a accordé un entretien plus tôt dans la journée, co...

Il était l'un des invités vedettes de la troisième édition du festival Séries Mania, la semaine dernière, à Paris. Dans la file, impressionnante, pour assister à une rencontre publique avec Dominic West, une jeune fille s'exclamait d'ailleurs: " Je n'avais plus vu autant de monde au cinéma depuis Titanic !" Plus que West, c'est McNulty que la foule venait voir, le personnage principal de la meilleure série de l'Histoire de la télé, The Wire. Entre théâtre et cinéma, Dominic West est aujourd'hui de retour au petit écran dans une formidable production BBC, The Hour, où il incarne un présentateur télé pataud sur plateau, séducteur en coulisses, sur fond de crise du canal de Suez. Il nous a accordé un entretien plus tôt dans la journée, confirmant en tête-à-tête que le plus sexy, en costard, c'était bien lui et pas Don Draper. A part les costumes, l'alcool et les cigarettes, The Hour a assez peu en commun avec Mad Men. Le contexte anglais de la fin des années 50 est très différent, l'Angleterre de l'époque était très austère, tout était rationalisé. Mais c'était aussi paradoxalement un moment très excitant politiquement, parce que tout était en train de changer. Mon personnage est assis sur cette charnière. Je suppose que d'une manière ou d'une autre, j'ai dû m'inspirer de la manière dont Don Draper portait le costume. Mais mon vrai modèle, c'était surtout mon père, la manière dont il s'habillait, se comportait, parlait. J'avais également dans un coin de ma tête William Hurt dans le film Broadcast news (James L. Brooks), qui traitait d'ailleurs à peu près du même sujet. Je me dis constamment que je ne suis pas assez bon. Mais je ne pense pas être parvenu au niveau d'excellence et de talent où les gens peuvent avoir des attentes démesurées à mon égard. Donc non, ça ne me paralyse pas vraiment. Ça a été un immense plaisir de pouvoir jouer The Hour avec mon vrai accent, même si j'exagère certaines inflections pour le rendre plus vintage. C'est difficile à imaginer, mais le perdre a été une lutte de chaque instant sur le tournage de The Wire, " a pain in the ass". Ça ne me sortait jamais de la tête, ce n'est jamais devenu un automatisme. Je leur ai tout simplement envoyé une cassette. Un truc que j'avais filmé à deux heures du matin chez ma copine en prenant mon plus bel accent de Robert De Niro. Elle devait me donner la réplique mais elle rigolait tellement que j'ai dû me passer de ses services. Alors je me suis enregistré seul, en observant des silences quand elle aurait dû parler. C'était tout à fait ridicule mais les gens de HBO ont trouvé ça hilarant. Je pense que les auteurs, après avoir pondu un texte comme celui de The Wire, avaient un grand besoin de rigoler. Quelques semaines plus tard, on tournait le pilote. Je n'étais pas assez connoté working class dans mon pays, j'étais cantonné aux rôles historiques en costume... ( Rires) Ce que je peux être idiot parfois! Non, franchement, Eton était une école merveilleuse. Mais c'est vrai qu'elle laisse une trace, et qu'elle devient comme un préfixe accolé à ton nom chaque fois qu'on te mentionne quelque part au Royaume-Uni. J'ai dû m'extraire de mon pays pour que l'on abandonne cette image. Sans doute parce qu'on est corvéables à merci et moins chers que les Américains... A priori non, sauf bien entendu si on me propose quelque chose de fantastique, impossible à refuser. Franchement, j'ai trouvé ça difficile de tenir cinq saisons sur The Wire, il fallait beaucoup travailler en un minimum de temps, je ne voyais plus les miens... Avant même mon audition, j'avais signé pour un contrat de cinq ans, mais à chaque fin de saison, il fallait me convaincre de rempiler. J'ai mis du temps à réaliser à quel point The Wire était en train de marquer l'Histoire de la télévision. J'étais sans doute le dernier de la bande à comprendre ce qui se passait. En fait, je me suis surtout senti comme une sorte d'imposteur. Le gamin que j'étais qui a grandi avec les cop shows américains était juste en train de jouer avec des flingues devant une caméra. RENCONTRE MYRIAM LEROY, À PARIS