Demain, nos enfants mangeront des méduses

DE JEAN-PIERRE CANET, JEAN-MARIE MICHEL ET DAMIEN VERCAEMER.
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DE JEAN-PIERRE CANET, JEAN-MARIE MICHEL ET DAMIEN VERCAEMER. Quand on a atteint l'âge d'assumer réellement ses bêtises au milieu des années 2000, on commence à la trouver saumâtre. Parents et grands-parents nous ont laissé en héritage la sécurité sociale et l'ordinateur portable, mais également un fameux trou dans la couche d'ozone, un climat qui fait de la température et un paquet d'autres lézardes dans le contrat avec la planète. Nos enfants mangeront-ils des méduses, s'interrogent avec inquiétude les auteurs de Global Sushi, documentaire plutôt tonitruant consacré à la surpêche? La mondialisation de cette tradition culinaire originaire du Japon préoccupe au plus haut point les organisations environnementales. Le thon rouge, pour ne prendre que cet exemple, a de sérieux souci à se faire: sa chair chaque jour plus menacée concoure au succès planétaire du sushi. Et même si la science semble enfin parvenir à faire vivoter cette espèce en captivité, reste tout de même à nourrir ces grosses bébêtes avec... d'autres poissons, mis à leur tour en danger. Pêché industriellement en Méditerranée, le thon rouge pourrait marcher dans le sillage de la morue, elle aussi évincée des océans au milieu du siècle dernier. "On se fiche complètement des poissons, c'est pas joli, c'est pas mignon, ça n'a pas de poil, ça pue, il faut les écailler,...", résume une scientifique. La consommation de poissons aurait ainsi grimpé de 60 % en 4 petites décennies: à ce rythme, renseigne-t-on dans le film, la plupart des espèces commerciales seront éteintes d'ici 2050. Effrayant. Dynamique, formellement très réussi, le documentaire du trio Canet, Michel et Vercaemer s'appuie surtout sur un travail d'enquête minutieux, déployé aux 4 coins du globe. Si le Japon, consommateur effréné de poisson cru, focalise une bonne partie de l'attention dans Global Sushi, les auteurs n'oublient pas de balader leur objectif au large des côtes africaines. Comme à leur habitude, les industriels occidentaux y ont laissé leur carte de visite et leur goût du pillage bien fait: dorénavant, les pêcheurs sénégalais sont obligés de piquer jusqu'en Guinée-Bissau pour assurer des prises convenables. A méditer. l Guy Verstraeten