Lorsque HBO a lancé sur les écrans, en 2013, l'adaptation de cette série anglaise produite par la BBC, le monde n'avait pas encore ouvert les yeux sur les souffrances du monde hospitalier. Le succès de la série française Hippocrate a contribué à éclairer la situation d'un milieu jadis complètement fantasmé à la télévision, prétexte au développement de personnages et de situations certes télégéniques et pourvoyeurs de questions sociétales ( Dr House, Urgences, Grey's Anatomy...), mais qui ne disaient pas grand-chose du mal-être ni des uns ni des autres. Un mal-être ins...

Lorsque HBO a lancé sur les écrans, en 2013, l'adaptation de cette série anglaise produite par la BBC, le monde n'avait pas encore ouvert les yeux sur les souffrances du monde hospitalier. Le succès de la série française Hippocrate a contribué à éclairer la situation d'un milieu jadis complètement fantasmé à la télévision, prétexte au développement de personnages et de situations certes télégéniques et pourvoyeurs de questions sociétales ( Dr House, Urgences, Grey's Anatomy...), mais qui ne disaient pas grand-chose du mal-être ni des uns ni des autres. Un mal-être institutionnel, politique, humain, qui se décompose en situations absurdes, en surcharge de travail, en absence de reconnaissance et de gratification, portant vers des conséquences souvent dévastatrices. Getting On documente avec un humour grinçant mais sans distance, pour tout dire frontalement, ces problématiques, à travers le quotidien d'un département de gériatrie et de soins intensifs d'un grand hôpital. Le Dr Jenna James (Laurie Metcalf) et l'infirmière en chef Dawn Forchette (Alex Borstein) chapeautent une petite équipe dont l'agonie mentale et psychique renvoie, malgré les façades, à celle de leurs patients. L'instinct de survie et de préservation y est ausculté à travers les dysfonctionnements du service, les mesquineries, la peur. La situation des personnes hospitalisées est montrée aussi crûment que le défaut de réponse et parfois de soin qui leur est apporté. Les cibles de cette satire ne sont pas les humains mais les structures qu'ils subissent, qui les abîment et transforment leur travail en une litanie de résignation et de regards perdus. Les barrières linguistiques entre infirmières et patients immigrés sont une manière parmi tant d'autres déployées par la série pour montrer la trivialité des contraintes et des obstacles rencontrés au quotidien. Et lorsque la vidéo favorise l'intervention en live d'une traductrice en langage des signes pour communiquer avec une patiente sourde et muette, les glitchs et mini-coupures de transmission, comme la myopie de l'interprète, transforment la situation en supplice de Sisyphe. Ces dialogues, forcément de sourds, et tant d'autres qui parsèment cette première saison, pleins de références culturelles mais aussi de sous-textes très piquants, sont brillamment ciselés. L'humour british de la série originale y est préservé -le trio qui lui a donné naissance, composé de Jo Brand, Joanna Scanlan et Vicki Pepperdine a été embauché par HBO- tout comme le style documentaire, caméra embarquée et jeu hyper naturel des comédiennes et comédiens inclus. Désespoir, frustration et humour glissent sur un même et très fin fil entre réel et fiction, jetant le trouble et un filet de lumière sur une souffrance qui prend à la gorge.